Le 22 mai dernier, le projet de loi d’urgence agricole électrisait les débats à l’Assemblée nationale. Au cœur des négociations figure un bien commun : l’eau. La question résonne tout particulièrement dans les Pyrénées-Orientales, département sujet à de forts épisodes de sécheresse au cours de la dernière décennie. Pour le Roussillon, l’enjeu dépasse la simple gestion de crise. Selon Météo-France, le territoire a traversé, entre 2022 et 2025, la sécheresse la plus aiguë et la plus longue de l’histoire moderne.
Arboriculteur et président de la Coordination rurale 66, Philippe Maydat est en première ligne face aux problématiques liées à l’usage de l’eau. Acculé entre les récentes sécheresses et les consignes préfectorales de restrictions dans les Pyrénées-Orientales, son constat est sans appel : « J’ai réduit mon irrigation tel que le dernier arrêté préfectoral le prévoyait. C’est simple : mes arbres y sont quasiment tous restés. Je vais devoir tout arracher et tout replanter. »
La bataille du stockage
Face à des vergers condamnés, la rétention de l’eau s’impose selon le monde agricole comme une question de survie. Parmi les alternatives proposées figurent les “mégabassines”. Ces immenses retenues artificielles visent à prélever l’eau en hiver pour sécuriser les récoltes estivales. Ce dispositif prête à débat, notamment en raison de la perte d’eau par évaporation massive. Une critique que réfute Philippe Maydat : « C’est cyclique, l’eau se transforme en vapeur, avant de tomber de nouveau sous forme de précipitation. »
Pour Lawryn Rémaud, membre du bureau d’Attac France, cet argumentaire n’est pas en phase avec les réalités hydrologiques de terrain : « Le cycle de l’eau n’a jamais eu besoin de l’être humain pour fonctionner. Cette explication me semble quelque peu alambiquée. Les systèmes de méga-bassines ne sont pas une solution face aux problèmes de sécheresse. De nombreux hydrologues l’ont prouvé, cela va même l’aggraver. C’est une façon court-termiste de voir les choses. »
Hiérarchiser les usages : un impératif de société
Pourtant, la position de l’association se veut plus nuancée qu’une simple opposition de principe. Attac précise ne pas rejeter en bloc toutes les techniques de stockage, mais plaide pour des ouvrages de recharge plus modestes et adaptés à une agriculture de proximité. Pour Lawryn Rémaud, la clé de la loi d’urgence actuellement en débat doit résider dans un choix clair des priorités : « Il est bon de rappeler qu’il faut hiérarchiser les besoins d’eau à l’échelle d’une société. À commencer par les populations, évidemment prioritaires sur les besoins en eau potable. Il y a également le milieu naturel, très souvent sous-estimé. S’il est dégradé, les épisodes de sécheresses seront d’autant plus marqués. »
Si les nappes phréatiques du Roussillon mettent plusieurs années à se régénérer après trois ans de déficit continu, le président de la Coordination Rurale 66 redoute que le pire soit à venir, projetant la crise agricole vers une crise humanitaire locale : « Dans les 2 à 3 ans à venir, nous allons avoir de graves problèmes d’approvisionnement en eau potable. Et d’autant plus pour les populations. »
Charly Bouyssou




















