Au nord de Toulouse, les résidents de la cité-jardin Georges-Hyon refusent de voir disparaître leurs petites maisons et tous les souvenirs qu’elles renferment. Entre pétitions, sensibilisation sur les marchés et appel à l’aide lancé à Stéphane Bern, ces locataires de longue date se mobilisent contre les rumeurs de démolition portées par leur bailleur social. Pour ces familles, souvent installées depuis plusieurs décennies, l’enjeu dépasse le simple cadre de l’urbanisme : il s’agit de sauver un modèle de solidarité et de préserver ce véritable joyau de l’histoire ouvrière toulousaine.
Sur une copie double d’écolier, Jean-Pierre Viguier a commencé la lettre qu’il prévoit d’envoyer à Stéphane Bern, le sauveur des monuments en péril. Le retraité toulousain de 77 ans commence sa missive ainsi : « Je ne vous parlerai pas de châteaux à restaurer mais de petites maisons qui font le bonheur de tant de familles et renferment tant de valeurs sociales et humaines. Leur destruction, comme le prévoiraient certains élus, est inacceptable car elles font partie intégrante du patrimoine de la ville. »
Habitations à bon marché
Ces petites maisons, Jean-Pierre Viguier en habite une justement, avec sa femme Roselyne, au 3 avenue de la Juncasse, aux Argoulets, depuis 50 ans. Au cœur de la cité-jardin Georges-Hyon, un ensemble ouvrier préservé au nord de Toulouse, leur charmante demeure désuète, toute en longueur, comprend un petit potager à l’arrière où poussent tomates, aubergines et un beau pied de vigne, tandis que le linge sèche sur deux fils tendus, non loin de l’ombre d’un abricotier.

Ces habitations à bon marché (HBM), construites en 1930 sous l’égide de la loi Loucheur de 1928, incarnaient la modernité hygiéniste de l’entre-deux-guerres, offrant aux foyers modestes eau courante, potager et un cadre de vie solidaire.
Des questions qui génèrent beaucoup d’anxiété
Incidemment, le 27 février dernier, lors d’un rendez-vous avec la maire de quartier (Isabelle Ferrer à l’époque, remplacée depuis par Sonia Guillemet), les locataires de la cité,âgés de 70 à 90 ans, ont appris l’existence d’un projet concernant le devenir de leurs petites maisons, aux volets bleu pâle, gérées par le bailleur social Toulouse Métropole Habitat.
Celle de Jean-Pierre, comme les seize autres coquettes maisonnettes occupées par des locataires, sont-elles vouées à la destruction? Leurs locataires vont-ils être relogés ? De nouvelles habitations vont-elles voir le jour ? Autant de questions qui tournent en boucle dans la tête des habitants de la petite cité, alors que le bailleur social, Toulouse Métropole Habitat, n’a pas encore communiqué ses arbitrages officiels. Un climat qui génère beaucoup d’anxiété chez les locataires.

« Si on m’enlève ça, on m’enlève tout »
« Moi, je ne vais pas partir. Je me suis donné à fond sur cette maison pendant 41 ans », martèle Claudine, qui habite au numéro 7. « Aujourd’hui, à 76 ans, on me dit de faire mes bagages, je ne suis pas d’accord », ajoute-t-elle. À côté d’elle, Roselyne, émue aux larmes, abonde : « On est tous comme Claudine. Tout le monde se connaît, on est bien ici, on est solidaires y compris dans ce combat. » Pour Joëlle, installée au numéro 11 où un pied de glycine égaye sa façade, le déchirement est aussi mémoriel : « C’est toute ma vie, dont celle avec mon mari décédé. Si on m’enlève ça, on m’enlève tout », glisse-t-elle, devant l’assemblée des voisins, saisis par l’émotion.
« Mes parents avaient cette maison, j’ai toujours vécu ici. Aujourd’hui, j’y habite avec ma sœur », explique à son tour Gérard, 76 ans, un chapeau sur la tête. « On menace de nous effacer alors qu’on a toujours très bien entretenu nos maisons, c’est loin d’être des taudis », ajoute Jean-Pierre.
Éloïse est la doyenne du quartier, où elle habite depuis 70 ans. « Je suis là depuis l’âge de 5 mois, cette maison représente toutes mes racines familiales », confie-t-elle.
Le samedi, ils sont sur la marché de Soupetard
Forts de cet attachement à leurs logements, les locataires ont décidé de prendre les devants. Ils se sont mobilisés et ont monté deux pétitions dans la foulée : une première des locataires et, depuis dix jours, une autre auprès des gens du quartier. Ils ont déjà obtenu plus de 1000 signatures. Le samedi matin, ils se relaient sur le marché de Soupetard pour sensibiliser le voisinage à la valeur patrimoniale de leur cité-jardin.
Lors d’une première réhabilitation, deux locataires ont été délogés et mutés. « On ne les a bougés que de 50 mètres, 100 mètres, pas beaucoup. Ils avaient le défaut d’avoir de l’âge, 80 ans, ils n’ont pas survécu longtemps à ce déménagement », rappelle Jean-Pierre. Il redoute la même chose si le scénario se reproduit, ce qui ne fait qu’amplifier la détermination des habitants à se battre. « Nous voulons demeurer dans nos maisons », disent-ils, tout en demandant « des réhabilitations comme l’isolation ».











