Le tribunal correctionnel de Toulouse s’est transformé pour le procès du réseau de la cité Auriacombe, à la Reynerie. Dix prévenus sont jugés pour l’organisation d’un trafic de stupéfiants, qualifié de véritable « PME du crime ». Entre les opérations de surveillance de l’OFAST en 2023, la traque du blanchiment d’argent à Dubaï et la réalité sanglante des règlements de comptes, ce dossier est une plongée au cœur d’un business à ciel ouvert qui rapportait jusqu’à 14 000 euros par jour.
Soixante-dix clients à l’heure, sagement alignés les uns derrière les autres, attendant leur tour comme à la caisse d’un hypermarché. Au cœur du quartier de la Reynerie, entre les halls 15 et 23 de la cité Auriacombe, le deal s’organisait à l’ancienne. « D’après l’enquête de l’Ofast, en 2024, ce trafic vous rapportait 14 000 € par jour », attaque d’emblée le président Didier Suc. Dans le box, les visages sont fermés. Situation identique pour ceux qui comparaissent libres, installés sur les bancs et chaises mis à disposition pour l’occasion. Au total, dix hommes et femmes jouent leur avenir.
La succession du boss assassiné
Tout commence en octobre 2023 lorsque l’Office anti-stupéfiants (Ofast) de Toulouse déploie ses sonos et ses caméras. Ce que les policiers découvrent est un vertigineux business à ciel ouvert. Le vide laissé par Djamel Tahri, l’ancien « boss » des lieux exécuté le 3 juillet 2017 par le légendaire « tueur à la burqa », a été comblé. Deux frères ont repris le secteur pour en faire une PME du crime.
Luxe, Dubaï et chirurgie
À la tête de cet empire, « Gab », le cerveau présumé, un profil atypique qui pilotait le réseau à distance depuis sa planque en Espagne. Sur le bitume toulousain, son frère « Manu » jouait les directeurs opérationnels, épaulé par des lieutenants au garde-à-vous.
L’insolence de l’argent sale
Mais l’argent sale brûle les doigts. Le volet blanchiment du dossier est édifiant pour les magistrats. La compagne de l’un des gérants menait un train de vie de princesse : séjours VIP à Barcelone, virées shopping à Dubaï, sacs Chanel ou Vuitton au bras, et règlements de cliniques en Turquie pour de la chirurgie esthétique. Une opulence insolente qui s’est fracassée lors des vagues d’interpellations « Place nette XXL » en 2024. Ce jour-là, les saisies scellent le dossier : 12 kg de cannabis, de la cocaïne, mais aussi une Mini Cooper, un jet-ski et 120 000 € de biens saisis.
La loi du sang
Derrière les sourires de façade et les « stories » étalées sur les réseaux sociaux, la réalité du terrain reste d’une cruauté sans nom. Les écoutes téléphoniques révèlent une guerre de territoire impitoyable avec les équipes concurrentes. Des histoires qui se finissent inlassablement par le plomb.
Signe de cette tension de tous les instants, Salim El Ghazzioui, l’un des lieutenants initialement mis en examen dans ce dossier, n’est pas dans le box aujourd’hui. Il a été abattu en pleine rue en août 2025, quelques semaines seulement après sa remise en liberté.
Le crash judiciaire
Dans le box, les frères et leur lieutenant, maintenus en détention provisoire jusqu’aux trois coups de l’audience, croisent le regard de leurs conseils, Mes Sarah Nabet-Claverie, Pierre Dunac, Jacques Derieux, Guillaume Conry, Apolinnaire Legros-Gimbert, Daniel Molina, Alexandre Martin, Jocelyn Momasso-Momasso et Edouard Martial. Le procès fleuve ne fait que commencer. Les dix prévenus, qui encourent jusqu’à dix ans de prison, seront fixés sur leur sort d’ici vendredi.













