EXCLUSIF. En mai 2025, un jeune père de famille a trouvé la force de passer les portes d’une gendarmerie du Gers. Il venait dénoncer des faits de viol subis quand il était mineur et apprenti dans les cuisines d’un restaurant toulousain entre 2011 et 2013. Le chef, qui vit aujourd’hui dans le Lot, nie toute relation forcée. Il a été mis en examen pour « viol sur mineur » et « agressions sexuelles sur mineurs ». Laissé libre, il vient d’être placé sous mandat de dépôt par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse. Un dossier où le nombre exact de victimes reste en suspens.
Peu de mots devant les policiers, si ce n’est pour écarter toute relation forcée, surtout avec des mineurs. Rien devant la juge d’instruction de la juridiction toulousaine qui l’a mis en examen pour « viols et agressions sexuelles sur mineurs » fin juin. Et pas davantage d’explications devant les conseillers de la cour d’appel où cet homme a comparu libre voilà une semaine, le mardi 7 juillet. Seulement, après trois jours de réflexion, les membres de la chambre de l’instruction ont suivi les réquisitions de l’avocat général et ont délivré un mandat de dépôt.
Âgé de 40 ans, cet amateur de football qui aide son épouse dans une propriété viticole du Lot et travaille également dans un restaurant vient donc d’être placé en détention. L’enquête des policiers toulousains de la brigade de protection des familles se poursuit sous commission rogatoire, avec pour objectif de cerner la personnalité de cet ancien chef de cuisine, accusé de viols par un de ses apprentis. Entre 2011 et 2013, cet adolescent suivait sa formation dans un restaurant connu de Toulouse qui a, depuis, fermé ses portes après vingt ans de succès.
Accusé de deux viols et d’agressions sexuelles
Face aux gendarmes du Gers, après le choc psychologique provoqué par sa paternité en 2015, cet ancien apprenti a raconté les brimades, les insultes, des violences, mais également des agressions sexuelles et des viols subis quand il avait 15 ans. Selon ses déclarations, le chef l’amenait dans ses quartiers personnels, au-dessus des cuisines, sous prétexte de jouer aux jeux vidéo. Au moins deux fois, le chef aurait alors abusé de lui, d’abord en lui imposant une fellation, puis, quelques mois plus tard, un rapport sexuel.
Les investigations menées par la division de la criminalité territoriale ont rapidement confirmé le sérieux des accusations, mais également identifié cinq autres victimes, une fille et des garçons. De jeunes adolescents croisés loin des cuisines, notamment autour du terrain de football de « L’Étoile sportive de Saint-Simon », à Toulouse, où le chef entraînait de jeunes footballeurs. « Forcément, on s’inquiète », confie l’ancien employeur du cuisinier, qui a présidé le club de football et avoue « un choc violent » à la suite de ces révélations.
« Cet homme était comme mon fils. Je lui ai ouvert mon cercle d’amis, ma famille, le club de foot, tout… », se désespère l’ancien responsable qui a depuis découvert que « son » ami avait eu un comportement déplacé avec ses deux enfants. Et qui, forcément, s’inquiète d’éventuelles agressions avec les autres enfants du club, ceux de Toulouse, mais également ceux de la vallée du Lot où le suspect est installé depuis six ans.
D’autres victimes ?
Cette recherche de possibles nouvelles victimes constitue d’ailleurs la principale motivation des réquisitions de l’avocat général, qui a demandé son placement sous mandat de dépôt. L’épouse du mis en cause, qui partageait déjà sa vie à Toulouse voilà quinze ans, a écarté toute violence ou comportement déplacé à son égard. Ses deux jeunes enfants également. Les policiers ont quand même saisi du matériel informatique qui fait l’objet d’investigations techniques.
« Un placement en détention provisoire était à ce stade de la procédure indispensable, estime Me Pierre Le Bonjour, conseil des victimes. Autant pour garantir le droit à la parole des victimes déjà déclarées, mais surtout pour libérer la parole de celles qui restent sans doute aujourd’hui encore à identifier. »
Une position que ne partage pas Me Cedrik Bréan, l’avocat du mis en cause : « À part les déclarations d’un garçon qui se dit victime, sur des faits qui remonteraient à quatorze ans, nous n’avons rien dans ce dossier. Les obligations qu’avait fixées le juge des libertés et de la détention ont toutes été respectées, notamment sa démission des fonctions qu’il occupait dans un club de football lotois. Difficile de ne pas écarter ce placement en détention, peu utile, du contexte actuel et des conséquences de l’affaire Lyhanna. »













