Le dossier du burkini refait surface à Léguevin, à l’ouest de Toulouse. Le tribunal administratif de la Ville rose a annulé la disposition du règlement intérieur de la piscine municipale qui interdisait explicitement cette tenue de bain. Une décision saluée par la Ligue des droits de l’homme, à l’origine du recours. Pour autant, elle ne signifie pas que le burkini est désormais autorisé dans le bassin. La mairie a entre-temps modifié son règlement et affirme que cette tenue reste interdite, cette fois en s’appuyant sur des critères généraux relatifs aux tenues de bain. Un nouvel épisode dans un débat qui continue de diviser. On vous explique les tenants et aboutissants de cette décision.
C’est un sujet qui revient régulièrement dans le débat public : le burkini, ce maillot de bain féminin intégral, couvrant la tête, les bras et les jambes. Tantôt autorisé, tantôt interdit, pour des questions de laïcité, de religion, de politique, d’hygiène ou de libertés individuelles. En ce mois de juillet 2026, c’est à Léguevin, à l’ouest de Toulouse, que la polémique ressurgit. Interdit par le règlement intérieur de la piscine municipale, le burkini a pourtant fait l’objet d’une décision du tribunal administratif de la Ville rose, qui a suspendu l’arrêté municipal… du moins en partie. Si la justice a estimé que son interdiction explicite n’était pas conforme au droit, la commune assure qu’il reste, dans les faits, toujours interdit.
Des habitants divisés
En cette période de vacances estivales, où la piscine devrait rimer avec détente, la décision du tribunal administratif anime les conversations à Léguevin. « Mais comment ça se fait ? C’est une honte », souffle Coralie, rencontrée sur le parking de la piscine. À quelques mètres, Lionel partage son incompréhension : « Il y avait une règle, pourquoi ça change encore ? À force, on ne sait plus où on va dans cette commune. Il y a des problèmes à répétition qui sont mal gérés par la mairie et qui animent clairement les tensions ».
D’autres habitants se montrent toutefois plus mesurés. « Moi, je pense surtout qu’elles doivent avoir très chaud. Ça ne doit pas être très agréable. Après, c’est pas pour autant que je trouve ça normal », confie Camille, venue rendre visite à sa fille. Bernard, qui accompagne son fils à la piscine, relativise : « Qu’elles fassent ce qu’elles veulent du moment que les règles sont respectées. C’est pas ça qui va me déranger ».
Une formulation jugée discriminatoire
À l’origine de cette décision de justice, un détail du nouveau règlement intérieur de la piscine, adopté par arrêté municipal après validation de la préfecture le 3 juin dernier. Le texte interdisait explicitement plusieurs tenues de baignade, dont le burkini.
« Des habitants de Léguevin nous en ont alertés. Nous avons alors saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, qui nous a donné raison. Le fait de mentionner explicitement le « burkini », qui renvoie à un terme religieux, porte atteinte aux libertés individuelles et peut avoir un caractère discriminatoire », explique Jean-François Mignard, président de la fédération de Haute-Garonne de la Ligue des droits de l’homme.
Il poursuit : « C’est une victoire pour Léguevin et pour la liberté de conscience. Nous espérons qu’elle fera jurisprudence ».
« Le burkini reste interdit »
La municipalité assure avoir pris acte de la décision du tribunal. Elle explique que la mention explicite du terme « burkini » avait pour seul objectif de « donner aux agents et aux usagers des règles claires, fondées sur l’expérience du terrain, afin d’éviter toute interprétation subjective », dans le but de garantir « l’hygiène, la sécurité et le bon fonctionnement de l’établissement ».
Le maire, Étienne Cardeilhac-Pugens, maintient sa position : « Les règles doivent être claires, identiques pour tous et suffisamment précises pour protéger nos agents de toute interprétation subjective. C’était le sens de notre démarche, et il le restera. Le burkini, comme d’autres tenues, ne constitue pas une tenue adaptée à l’usage de la piscine municipale dès lors qu’il ne respecte pas les critères généraux fixés par le règlement intérieur modifié. Par conséquent, il n’est toujours pas autorisé ».
Concrètement, la commune a supprimé le mot « burkini » de son règlement intérieur en reformulant les critères vestimentaires de manière plus générale, ce qui lui permet de continuer à écarter ce type de tenue sans le désigner explicitement. Malgré la décision de justice, le port du burkini reste donc interdit à la piscine municipale de Léguevin.
Burkini : que dit la loi ?
En bref, sur la question du burkini, il n’existe en France aucune loi qui l’autorise ou l’interdise explicitement, tout dépend du lieu concerné et des règles qui y sont appliquées.
Sur les plages publiques, le burkini est, en principe, autorisé. Son port relève de la liberté individuelle et de la liberté de conscience. « Un maire ne peut pas l’interdire au seul motif qu’il s’agit d’un vêtement à connotation religieuse. Une telle interdiction n’est légale que si elle est justifiée par des risques avérés de troubles à l’ordre public, ou par des motifs d’hygiène, de sécurité ou de décence », rappelle le Conseil d’État. Dès 2016, il avait ainsi suspendu plusieurs arrêtés municipaux dits « anti-burkini ».
Dans les piscines municipales, « ce sont les règlements intérieurs qui s’appliquent », précise le Conseil d’État. Les établissements peuvent imposer des règles concernant les tenues de bain pour des raisons d’hygiène, de sécurité ou de bon fonctionnement du service public. Mais, « une collectivité ne peut pas modifier son règlement dans le but de créer une dérogation spécifiquement destinée à satisfaire une revendication religieuse », rappelle la juridiction.










