Face aux violences envers les enfants en milieu scolaire et périscolaire, la Ville de Toulouse renforce son dispositif dès cette rentrée. Formation de tous les agents, référents violences, badges, trombinoscopes ou encore cellule de contrôle dédiée : plusieurs nouvelles mesures vont être déployées.
Alors que les élèves s’apprêtent à entamer une nouvelle année scolaire, la précédente avait été marquée par des faits graves de violences pendant le temps périscolaire. « Une problématique qui a littéralement explosé au niveau national », constate Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse. Et la Ville rose n’est pas épargnée par ces violences subies par les enfants. « Nous avons découvert un animateur auteur de ce type de faits que nous avions embauché », révèle-t-il. Une embauche qui aurait pourtant pu être évitée. « Il venait d’une autre collectivité où il y avait eu ce type de problèmes. Mais nous n’avions pas eu l’information », regrette Jean-Luc Moudenc.
Le maire se réjouit ainsi de la création d’un fichier national recensant les mesures administratives d’interdiction d’exercer en milieu scolaire, prévue par le projet de loi visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire et périscolaire. « Outre le travail de l’État, nous, les maires, devons être très investis sur ce sujet, parce que c’est dans nos locaux, dont nous avons la responsabilité, que le risque, malheureusement, se développe », souligne l’élu. Dans le cadre de France urbaine, il a ainsi « confié au maire de Lyon le souhait de suivre les thématiques de l’éducation et de fédérer le travail des maires des grandes villes sur ce sujet ».
Ce qui est déjà mis en place face à ces violences
De son côté, Jean-Luc Moudenc entend « mobiliser toute la collectivité sur tous les types de lieux, et avec les différents professionnels et agents, pour faire face à ce risque ». Il tient toutefois à préciser que la Ville agit déjà depuis plusieurs années sur ce sujet. « Nous ne partons pas de rien », insiste-t-il.
Marion Lalane – de Laubadère, 1ère adjointe en charge de l’éducation, indique ainsi que « des interdictions et des rappels sont faits régulièrement à tous les agents », soit 2 600 personnes travaillant dans les écoles et 1 200 dans les crèches. Elle cite notamment l’interdiction des téléphones portables pendant le temps de travail, « qui appelle à des sanctions, si elle n’est pas respectée ».
Des règles d’organisation strictes sont également appliquées. « Un adulte ne doit jamais être seul avec un enfant, à part situations très exceptionnelles comme un enfant qui s’urine dessus. Il faut alors le doucher et le changer. Mais l’adulte qui s’en occupe doit prévenir les autres et les portes rester ouvertes pour qu’il y ait toujours une covisibilité », détaille l’élue.
Concernant les recrutements, « un agent ne prend pas son poste sans la vérification préalable de son casier judiciaire et du fichier de Téléprocédure d’accueil de Mineurs (TAM) », garantit-elle. Enfin, face à une suspicion ou à un signalement de violences, la règle est la « suspension immédiate à la première alerte en attendant que la justice fasse son travail ».
La Ville de Toulouse veut « aller plus loin »
Pour cette nouvelle année scolaire, la municipalité veut désormais « aller plus loin » dans la lutte contre ces violences. « À partir de la rentrée, nous mettons en œuvre un certain nombre de dispositions nouvelles », annonce Jean-Luc Moudenc. Première mesure : rehausser le niveau de formation. « Autrement dit, nous voulons élever le niveau de vigilance collective. Ainsi, d’ici la fin de l’année scolaire 2026-2027, la totalité des agents concernés auront eu une formation ». Jusqu’à présent, ces formations s’adressaient en priorité aux cadres et aux directions de CLAE. Elles vont désormais concerner les ATSEM, les animateurs, mais aussi les agents techniques, « qui voient et entendent des choses et connaissent bien les enfants ».
« Un enfant va se confier à quelqu’un avec qui il se sent bien et ça peut être n’importe quel adulte de l’école, notamment un agent technique. Il était donc important de ne pas oublier cette catégorie d’agents », appuie Marion Lalane – de Laubadère. La Ville souhaite également accorder « une prise en compte plus attentive de la parole de l’enfant ». « Nous avons le devoir de traiter cela avec beaucoup d’attention et d’organiser et de sécuriser la chaîne de remontée de l’information », estime le maire. Plusieurs actions vont ainsi être déployées, dont une procédure centralisée avec la création d’une cellule de contrôle dédiée et la désignation de référents violences au sein des équipes de chaque structure.
Côté prévention et sensibilisation, la Ville s’est associée aux éditions Milan pour déployer le projet « Mon corps à moi ! ». Celui-ci comprend des supports pédagogiques et des fiches repères, notamment une comptine « qui sera affichée et travaillée dans toutes les écoles », ainsi qu’une affiche. L’objectif est d’apporter des notions adaptées à leur âge aux maternelles sur leur corps, l’intimité et le consentement. « C’est très important de l’évoquer dès le plus jeune âge », rappelle la 1ère adjointe, qui poursuit : « L’enjeu est de protéger les enfants. Et pour cela, il faut faire cette éducation, cette prévention ». Pour les parents, un guide pratique va également être créé, tandis que l’accompagnement psychologique sera renforcé.
Par ailleurs, les trombinoscopes à l’entrée des écoles vont être généralisés, « parce que quand un enfant dit quelque chose, il faut que le parent puisse donner un prénom ». « La famille ne peut pas connaître tout le monde qui travaille au sein de l’école. Il y a beaucoup de monde », relève Marion Lalane – de Laubadère. Les badges seront eux aussi généralisés afin d’« identifier clairement le prénom de la personne et sa fonction ».
Enfin, la Mairie va travailler au renforcement de la coopération entre toutes les institutions concernées, à savoir l’Éducation nationale, Jeunesse et Sports, la Justice, le Conseil départemental et le réseau associatif.













