Émilie Dubois a découvert après l’achat de sa maison que son jardin, pourtant situé en dehors du périmètre de dépollution retenu par l’État dans l’affaire de la pollution du quartier Fondeyre par l’entreprise STCM, contenait plus de 350 mg de plomb par kilo de terre. Cette mère d’une fillette de 3 ans a rejoint le collectif de riverains de Fondeyre et Barrière-de-Paris, qui lance une cagnotte pour financer une contre-expertise indépendante.
« J’ai une enfant de 3 ans qui est là depuis deux ans. Pour elle, c’est dangereux ». Lorsqu’elle achète sa maison en 2024 dans le secteur de Fondeyre, près de l’avenue des États-Unis à Toulouse, Émilie Dubois ignore que son jardin pourrait être contaminé par le plomb. Cette pollution est liée à l’activité passée de la STCM, une entreprise spécialisée dans le recyclage des batteries qui a fonctionné pendant plusieurs décennies dans le nord de la ville.
Ce sont ses voisins qui l’alertent. La Toulousaine consulte alors la cartographie établie par les services de l’État. Sa maison se trouve à seulement deux parcelles de la zone où les concentrations dépasseraient le seuil de 300 mg de plomb par kilo de terre, retenu pour envisager une dépollution.
« La préfecture considère que je ne fais pas partie de la zone rouge », explique-t-elle. Émilie Dubois décide donc de faire réaliser ses propres prélèvements par un bureau d’études, avec l’appui d’un laboratoire agréé. Le résultat dépasse 350 mg/kg.
Une maison achetée sans connaître la pollution
La mère de famille estime avoir été victime d’un vice caché. Selon elle, les anciens propriétaires avaient reçu dès 2022 des courriers les informant de la situation. Elle a engagé une procédure à leur encontre.
Mais cette démarche ne règle pas la question de la dépollution. Le professionnel chargé des analyses lui a également remis un devis pour enlever environ 50 centimètres de terre et la remplacer par un sol non contaminé. Montant estimé : plus de 60 000 euros.
« Moi, je n’ai pas cette somme », souffle-t-elle. Elle affirme avoir sollicité la préfecture afin que sa parcelle soit intégrée au dispositif, sans obtenir de réponse favorable. Son cas nourrit aujourd’hui les critiques du collectif de riverains, qui juge la cartographie officielle trop restrictive.

« La pollution peut varier fortement entre deux terrains voisins. Les prélèvements réalisés ne sont pas suffisants pour dresser une cartographie fiable », estime Benoît Galtier, membre du collectif. Rue Bastiat, rue Jules-Verne ou chemin du Boulodrome, les habitants disent avoir relevé plusieurs discordances entre les courbes officielles et des analyses effectuées à titre privé.
De 84 parcelles identifiées à 14 dépollutions
D’après le collectif, 84 parcelles avaient initialement été identifiées autour de l’ancien site industriel. Seulement 14 auraient finalement été retenues pour une dépollution. Les riverains contestent notamment la prise en compte de critères liés à l’âge des occupants ou à l’utilisation actuelle des jardins.
« Des personnes d’un certain âge n’utiliseraient plus leur jardin, donc il n’y aurait pas de raison de dépolluer, rapporte Émilie Dubois. Mais ces maisons pourront ensuite être vendues à des familles avec enfants. » Elle cite également le cas de voisins écartés du dispositif avec une teneur de 290 mg/kg, juste sous le seuil retenu.
Le collectif s’interroge aussi sur les conditions des premiers travaux. Émilie Dubois assure avoir observé, dans sa rue, de la terre retirée par des intervenants qui ne portaient apparemment pas de protections. Benoît Galtier déplore pour sa part que, sur une parcelle, la terre polluée ait été remplacée par du remblai plutôt que par une véritable terre végétale.
Une cagnotte pour produire « leurs propres preuves »
Face à ce qu’ils décrivent comme une absence de dialogue, une vingtaine de riverains ont décidé de saisir un avocat et de financer une expertise plus large. Une cagnotte, ouverte en juillet, a déjà permis de recueillir environ 2 500 euros.

L’étude indépendante pourrait commencer en septembre ou en octobre. Elle doit multiplier les prélèvements, mieux déterminer l’étendue de la pollution et appuyer la demande de révision du plan de gestion. « Cela fait quatre ans que nous disons que la cartographie n’est pas bonne, mais nous ne sommes pas entendus », regrette Benoît.
Au-delà de la dépollution, les habitants souhaitent faire reconnaître la perte de valeur de leurs maisons, leur préjudice de jouissance et, éventuellement, leur préjudice d’anxiété. Pour Émilie, l’urgence est d’abord familiale : « Aujourd’hui, j’ai la preuve qu’il y a plus de 300 mg de plomb dans mon jardin. Pourtant, je reste exclue du plan de dépollution. »












