TÉMOIGNAGE. Au parking d’Auchan Gramont à Toulouse, Karine a voulu brancher son véhicule électrique cet été. Impossible. Les câbles de charge gisaient coupés net par des voleurs. Dans la Ville rose et autour, des réseaux de malfaiteurs ciblent désormais le cuivre des bornes, piégeant des centaines d’automobilistes convertis au 100 % électrique. Des vols de cuivre d’un nouveau genre, documentés, qui exaspèrent les automobilistes toulousains. Et ce sabotage répété cache un trafic particulièrement bien rodé. Karine témoigne, et du côté des autorités la chasse aux voleurs de cuivre est ouverte. On vous dit tout.
Ce n’est déjà pas toujours simple de rouler en voiture électrique : quel nouveau propriétaire ne s’est pas arraché les cheveux au moment de programmer les recharges avant un long trajet ? Mais lorsque, ô joie, on cale son ravitaillement et qu’on tombe sur une borne vandalisée, la tension monte rapidement…
Les câbles sectionnés à Balma et Toulouse
Perte de temps et stress : cette situation, Karine l’a vécue cet été. Depuis quelque temps, le vol répété de câbles en cuivre perturbe le quotidien des utilisateurs de véhicules électriques dans l’agglomération toulousaine. Depuis le début du mois de juillet, la Toulousaine explique avoir constaté des dégradations de bornes à Gramont, entre Toulouse et Balma, mais aussi avenue Jean Chaubet. « Je suis allée à un troisième endroit où il n’y avait plus les câbles non plus », déplore l’usagère. Ce phénomène s’étend également hors de la métropole. Lors d’un déplacement professionnel, Karine a subi la même mésaventure en Ariège, à Pamiers. Les voleurs cibleraient les câbles d’un diamètre d’au moins cinq centimètres pour en extraire le cuivre destiné à la revente.
« C’est pénible »
Ces vols compliquent fortement les déplacements des conducteurs qui ne disposent pas d’équipements adaptés à leur domicile. Pour Karine, la charge rapide reste indispensable pour rouler sereinement. « Quand on a une voiture électrique, on se retrouve dans la galère parce qu’on ne peut plus aller charger », souligne-t-elle.
Après plusieurs semaines d’attente, certaines stations comme celle du supermarché Auchan de Gramont viennent d’être réparées, « durant tout l’été ils n’ont rien fait, c’est pénible ». Des étiquettes mentionnent désormais l’installation de puces de géolocalisation sur le matériel pour prévenir les vols et faciliter les poursuites pénales.
Un phénomène qui explose
Ce type de dégradation ne relève pas d’un acte isolé. Selon Charge France, qui regroupe 25 opérateurs et couvre 90 % du réseau français, « 650 stations de recharge ont été touchées par des vols de câbles depuis le début de l’année, pour un préjudice de 14 M€ pour les opérateurs » et « une liberté de déplacement entravée pour les 2,5 millions d’électro-mobilistes en France ».
Toujours selon l’organisme, on assiste à une explosion de ces vols depuis janvier 2026, après l’apparition du phénomène à l’été 2025. Les chiffres, localement, l’attestent. Alors que seulement trois bornes ont été vandalisées en 2025 en Haute-Garonne, 24 l’ont été entre janvier et août 2026.
Les parades face à ce fléau parti du nord de la France
Un câble contient environ 5 mètres de cuivre, les receleurs seraient rémunérés « environ 20 à 30 euros par câble », alors que le coût pour l’opérateur est de « plus de 500 euros par réparation ». Charge France, qui a enregistré les premiers faits dans le nord du pays, précise que désormais « dès qu’un câble est sectionné, il y a une alerte en temps réel, ce qui permet de prévenir les forces de l’ordre ». Un protocole qui facilite les interpellations en flagrant délit. « Les forces de l’ordre et les préfectures sont en train de prendre la mesure du phénomène », précise le consortium d’opérateurs. Ces derniers prennent, de leur côté, des mesures de sécurité supplémentaires : installation de puces GPS, vidéosurveillance sur les sites sensibles. Mais aussi bleu de méthylène sous pression à l’intérieur des câbles, « de façon à asperger les auteurs, afin de prouver leur participation au délit plusieurs jours après. »
Des filières de ferrailleurs dans le collimateur
Pas de doute selon un responsable de Charge France, « il existe des filières bien organisées, et les autorités intensifient leurs contrôles chez les ferrailleurs pour auditer leurs stocks… » La première condamnation en France pour ce type de fait a été prononcée avant l’été 2026 : 12 mois de prison pour deux individus à Évry-Courcouronnes. Par ailleurs, trois comparutions interviennent ce mois de septembre à Douai, Bobigny et Nantes.













