Cédric emménage avec sa fille en février 2015 dans la résidence Pré Fleuri à Cugnaux, en location-accession. Rapidement, des problèmes de malfaçons et d’inondation du sous-sol se révèlent dans la résidence. Débute alors un calvaire qui dure désormais depuis dix ans. Témoignage.
Il y a dix ans, Cédric, technicien dans l’aéronautique, décide d’acheter, sur plan, un appartement de la résidence Pré-Fleuri à Cugnaux. Disposant de moyens financiers limités, ce logement en location-accession proposé par le groupe des Chalets est l’occasion rêvée pour ce papa solo d’une fille en situation de handicap. Mais ce qui devait être le début d’une petite vie tranquille dans cet appartement de rez-de-chaussée s’est rapidement transformé en cauchemar. Aujourd’hui, Cédric est toujours saisi par l’émotion et l’épuisement. Tête baissée dans ses mains, il se remémore une décennie de combat contre des malfaçons et problèmes en cascade dans la résidence et espère réparation. « Elle s’appelle résidence Pré-Fleuri, mais ça fait bien longtemps qu’on n’a pas vu de fleurs ici », illustre-t-il, triste.
« On était en bottes, les pieds dans l’eau »
Dès le premier hiver, il est devenu compliqué de chauffer les habitations. « Ça fonctionnait très mal, on devait pousser à fond les chauffages », assure Cédric, à cela s’ajoutaient des infiltrations fréquentes. En 2016, des inondations sur la commune de Cugnaux viennent aggraver la situation. « Toute l’eau de la rue est venue se déverser dans notre sous-sol, il y avait 1,30 m d’eau », raconte le père de famille. La cause ? une nappe phréatique trop proche du niveau du bâtiment. Depuis, à chaque pluie, le niveau monte. « On met des bottes de pluie pour aller à nos voitures », illustre-t-il. Il entame alors un long combat pour obtenir des réparations. « Le syndicat géré par le groupe des Chalets faisait intervenir des entreprises de réparation, mais tout était à nos frais, nos charges ont rapidement explosé », assure Cédric. Il déplore : « On paye de plus en plus, et rien ne s’améliore, tout empire ». Sous administration judiciaire depuis quatre ans, les copropriétaires n’ont plus leur mot à dire, « on ne gère plus rien, on ne nous concerte plus, on n’a plus d’assemblée générale, on doit payer et c’est tout », confie-t-il.

« La résidence a dix ans, on dirait qu’elle en a trente »
Dans son appartement au rez-de-chaussée, Cédric pointe du doigt deux grandes fissures au plafond qui traversent sa cuisine et son salon. « Pendant six ans, on se demandait si la résidence n’allait pas s’effondrer, c’était du stress en permanence ». Lorsqu’il ouvre sa porte d’entrée, celle-ci frotte sur le carrelage, on observe des fissures et des différences de niveau. « Tout a bougé, le sol, les murs, certains ont eu des moisissures aussi », raconte-t-il. Tous ses projets ont été stoppés : « J’espérais faire des petits travaux, améliorer la cuisine, mais je ne touche à rien par peur qu’il y ait un souci ». Au sous-sol, les nombreuses fissures et taches témoignent des dégâts. « La résidence a dix ans, on dirait qu’elle en a trente », déplore Cédric. L’ascenseur du second bâtiment est en panne depuis sept ans à cause de l’eau. Des pompes permettent de maintenir un sous-sol accessible, sans inondation, mais à force de fonctionner à haut régime en permanence, celles-ci tombent régulièrement en panne, « on doit les changer à nos frais », précise le propriétaire.
« Je préfère me restreindre et payer, que d’avoir des dettes »
Depuis dix ans, les charges de copropriété sont passées du simple au double. En cause ? Les nombreuses dettes fournisseurs accumulées par le syndicat, d’abord géré par le groupe des Chalets, puis placé sous administration provisoire. Ces dettes s’élèvent encore aujourd’hui à plus de 44 000 €. « Certains propriétaires ont arrêté de payer leurs charges en raison des problèmes non solutionnés et je les comprends, mais ça a créé des dettes que l’on doit tous payer maintenant dans nos charges ». Cédric, lui, n’a jamais envisagé de ne pas payer. « J’économise, j’anticipe, je mets de côté. Je préfère me restreindre que d’avoir des dettes », explique-t-il. Depuis toutes ces années, il s’est pleinement investi dans l’affaire et est devenu membre du conseil syndical. « On ne veut plus se faire avoir, donc on a appris à se débrouiller nous-mêmes, à lire les expertises, etc ».

« On devient parano à la moindre facture »
Dire que Cédric n’a jamais pensé à partir d’ici serait faux. « Je ne peux pas me le permettre, mon appartement est invendable à un prix correct et j’ai encore 14 ans de crédit à rembourser », justifie-t-il. Pourtant, il regrette profondément d’être devenu propriétaire ici. « On est tellement à bout, ça nous épuise psychologiquement ». Il ajoute : « On devient parano à la moindre facture, au moindre mail, on s’attend à voir encore nos charges augmentées ». La copropriété réclame environ 1 million d’euros de réparations au groupe des Chalets pour pouvoir remettre la résidence en ordre et clôturer ce chapitre de l’enfer. « Nous voulons juste rembourser nos dettes puis revenir à un syndicat classique où nous pourrions prendre des décisions et avancer », conclut-il. L’audience doit avoir lieu prochainement devant le tribunal. Sollicité, le Groupe des Chalets n’a pas souhaité apporter de réponse et « s’en remet à la justice dans ce dossier. »






















