EXCLUSIF. Oubliée pendant près de quatorze longues années dans une chambre froide de la morgue de Toulouse-Rangueil, la dépouille de Michel Meynard vient d’être découverte début octobre. Le parquet d’Auch avait pourtant ordonné la restitution du corps dès 2013 pour organiser ses obsèques. Cette découverte intervient alors que le service fait déjà l’objet d’enquêtes judiciaire et administrative sur la gestion des scellés. Dans sa commune, où il avait brièvement travaillé comme employé municipal, des recherches sont engagées pour retrouver sa famille.
Depuis que sa dépouille y a été déposée en novembre 2012, la France a traversé les attentats de 2015, décroché une deuxième étoile au football, surmonté la pandémie de Covid-19 et célébré les Jeux olympiques de Paris. Durant tout ce temps, quatorze longues années, le corps de Michel Meynard n’a jamais quitté la chambre froide de Rangueil. L’improbable découverte est survenue début octobre lors d’une inspection des cellules réfrigérées de la morgue de Rangueil, menée dans le cadre d’un vaste scandale lié à la gestion des scellés judiciaires.
« Nous avons reçu un appel le 1er octobre. J’ai cru à un gag », raconte Virginie Busipelli-Beyries, maire de Castelnau-d’Auzan, dans le Gers. Dans cette commune où Michel Meynard avait brièvement travaillé comme employé municipal, le père de l’élue occupait le fauteuil de maire au moment du décès. Aujourd’hui, des recherches sont engagées pour retrouver ses proches.
Le parquet avait demandé la restitution du corps
Cette découverte survient dans un service déjà secoué par la présence de corps de nouveau-nés et de fœtus dans des conteneurs inadaptés. Une enquête judiciaire et une enquête administrative sont en cours. Dans ce contexte, les scellés, stockés sur l’ancien site de Rangueil et le nouveau à Purpan, sont vérifiés, les cellules réfrigérées inspectées.
C’est au cours de ces contrôles qu’un intervenant découvre la dépouille de Michel Meynard. L’autopsie pratiquée après son décès avait conclu à une mort naturelle. Quelques mois plus tard, le parquet d’Auch avait demandé que le corps soit restitué à sa famille ou qu’un rapprochement avec la mairie permette d’organiser ses funérailles.
Comment ces consignes sont-elles restées sans suite ? Entre la fin des examens médico-légaux et l’organisation des obsèques, il reste à comprendre où la prise en charge s’est interrompue. Sollicitée, la direction du centre hospitalier n’a pas souhaité s’exprimer, laissant la police mener son enquête.
Sans nouvelles de Michel
Le décès de Michel est constaté le 5 novembre 2012. Ce jour-là, un voisin donne l’alerte. À Castelnau-d’Auzan, les riverains s’inquiètent de ne plus voir Michel Meynard depuis plusieurs jours. Divorcé et sans enfant, cet ancien employé communal vit seul depuis longtemps.
Les pompiers interviennent à son domicile. En entrant, ils perçoivent une odeur de décomposition, puis découvrent son corps dans les toilettes. La mort remonte déjà à plusieurs jours.
Pour en déterminer les causes et écarter l’hypothèse d’un crime, la dépouille est transportée à Toulouse. Une autopsie y est pratiquée peu après. Entre-temps, la mairie établit l’acte de décès. Le médecin légiste conclut à des « causes naturelles ».
Des obsèques jamais organisées
Comme aucun proche ne s’est manifesté après l’autorisation de restitution, la procédure imposait un rapprochement avec la municipalité. Or, la mairie de Castelnau-d’Auzan affirme n’avoir reçu aucune relance du service mortuaire durant ces quatorze années.
« Faire ça quatorze ans après, c’est improbable. Nous cherchons actuellement à retrouver la trace de la famille pour organiser une cérémonie digne. Il était connu par certains habitants », témoigne un habitant de cette commune d’environ 1 200 âmes.
Également alertés, les gendarmes de la compagnie de Condom ont repris le dossier. D’après les éléments recueillis, ils avaient effectué les démarches demandées par le parquet d’Auch. Leur intervention s’était achevée après les résultats de l’examen médico-légal. Le corps, lui, était resté à Rangueil.
Deux responsables suspendus
Ce nouveau cas s’ajoute aux éléments recueillis par les policiers toulousains chargés d’enquêter sur les dysfonctionnements dans la gestion des scellés judiciaires au sein des unités médico-judiciaires de Rangueil et de Purpan.
Certains éléments ont été conservés alors que leur destruction avait été ordonnée par différents parquets d’Occitanie. D’autres ont été jetés dans des conteneurs inadaptés. Un membre du personnel a donné l’alerte après avoir découvert des fœtus et des corps de nouveau-nés dans une benne destinée aux seringues.
Le 5 octobre, plusieurs auditions ont eu lieu, notamment celles de cadres chargés de superviser la gestion des scellés. L’enquête judiciaire se poursuit. Les investigations internes ont, de leur côté, déjà conduit à la suspension de deux responsables.
À Castelnau-d’Auzan, la mairie cherche toujours à retrouver sa famille. Près de quatorze ans après sa mort, Michel Meynard attend encore une sépulture.
Un membre de l’ETA perdu dans les chambres froides en 2009 à Toulouse
À Toulouse, une autre affaire avait déjà révélé un dysfonctionnement dans la prise en charge d’un défunt.Jon Anza, 47 ans, membre de l’organisation séparatiste basque ETA, était mort le 11 mai 2009 à l’hôpital Purpan après un malaise. Son corps était resté dix mois à la morgue sans être identifié, alors que la police judiciaire de Bayonne le recherchait.Les hôpitaux sollicités avaient répondu négativement aux demandes concernant sa présence, d’après la procureure de Bayonne. L’alerte d’un agent du service médico-légal avait finalement permis son identification grâce à ses empreintes digitales.















