Le photographe toulousain Emmanuel Tecles explore des lieux abandonnés à travers le monde, préférant le terme « photographie d’exploration » à « urbex » en raison des dérives associées à ce terme. Il met en avant la préservation de ces sites historiques, souvent menacés par la dégradation. Nous l’avons suivi lors d’une exploration d’un château abandonné dans le sud de la France.
« Je m’autorise à voir des choses que je ne suis pas censé voir en bravant l’interdit », explique Emmanuel Tecles, photographe et adepte de l’exploration de lieux abandonnés, plus communément appelée « urbex ». Un terme dont le Toulousain cherche aujourd’hui à se détacher, en raison des dérives qui accompagnent l’essor de cette pratique. Lui préfère parler de « photographie d’exploration » ou de « voyage ».

Sous le pseudonyme « Tekprod », il raconte également ses expériences sur son site internet.
« Je me suis retrouvé face à l’histoire du lieu »
À 44 ans, Emmanuel partage son temps entre plusieurs hobbies. Professeur d’EPS, joueur de padel et photographe, il doit composer avec un emploi du temps chargé. Namibie, Italie, Lituanie, Géorgie… Le Toulousain parcourt le monde à la recherche de lieux abandonnés et chargés d’histoire. Cette fois, il fixe le rendez-vous dans un château abandonné dans le sud de la France. Durant le trajet, il se livre sur sa passion.

Emmanuel débute la photographie en 2007, en autodidacte. En 2009, l’exploration de la gare « fantôme » de Canfranc, dans les Pyrénées se révèle comme un déclic : « C’est la curiosité qui m’a poussé à franchir le pas. J’étais dans une scène de film, ça a été révélateur. En entrant dans cet endroit, je me suis retrouvé face à l’histoire du lieu. La prestance déchue, c’est ce que j’aime photographier. »
« L’urbex, aujourd’hui, est devenu péjoratif, lié à la dégradation »
« Je me considère moi-même comme le fantôme de ces lieux abandonnés. J’essaye de rendre hommage à ces endroits. La photographie, c’est aussi ma quête d’évasion », avance le passionné.

Emmanuel a également vu la pratique évoluer. Selon lui, la démocratisation de l' »urbex » intervient autour de 2015 : « Avant cette année, on se connaissait tous entre nous. » Avec l’arrivée d’un public plus large, il observe aussi se multiplier les dérives. « L’urbex, aujourd’hui, est devenu péjoratif, lié à la dégradation. Certains lieux sont saccagés. Au départ, le terme était noble. Maintenant, je parle uniquement de photographie de lieux abandonnés », argue-t-il. Une distinction importante pour le photographe, qui tient à faire de la préservation des lieux une priorité.
« Les lieux ne meurent jamais »
Arrivé au pied du château abandonné, Emmanuel commence par faire le tour du bâtiment. Une première entrée est bloquée. Quelques mètres plus loin, une porte est entrouverte, l’exploration peut commencer. « Attention où tu mets les pieds », prévient-il.

Dans le lieu, le silence domine. Quelques gouttes tombent de la végétation tandis que des oiseaux chantent. « Les lieux ne meurent jamais, il y a toujours un lien avec le vivant. » À chaque porte franchie, Emmanuel cherche l’image qui racontera au mieux ce qu’il a sous les yeux. Le bruit du verre qui parseme le sol, des papiers abandonnés, un piano délabré, une baignoire rongée par le temps… Chaque détail peut devenir le sujet d’une photographie.

« Ça tombe toujours entre de mauvaises mains à la fin »
« Ici, on peut voir une cheminée qui a été volée. C’est inutile et malsain. Il faut préserver cette richesse-là », affirme le photographe. Il insiste également sur le fait de ne pas révéler l’emplacement des bâtiments : « Ça mène forcément à leur dégradation. Ça tombe toujours entre de mauvaises mains à la fin. »
En sortant du château, le sentiment est celui d’avoir fait un bond dans le temps. À travers ses explorations, Emmanuel tente de faire vivre encore un peu ces lieux oubliés.













