Après plusieurs vies professionnelles, Céline et Frédéric Seban se sont lancé un double défi : créer des filtres pour améliorer la qualité de l’eau et imaginer un système qui répond aux grands enjeux d’aujourd’hui et de demain.
C’est comme une fontaine dont la taille est variable et qu’on remplit avec de l’eau potable, jusqu’à un certain niveau. Une forme cylindrique et design, dotée d’un robinet à sa base : par gravité, l’eau s’écoule dans le réservoir du bas en passant par des filtres. Il n’y a plus qu’à ouvrir le robinet et elle coule, limpide et claire, « nettoyée » des invisibles impuretés. Nouvel acteur sur le marché de la filtration par gravité, la société toulousaine Star Water Filter® veut aller plus loin que les autres, selon la volonté de ses concepteurs. Frédéric Seban raconte : « On a travaillé pour un fabricant américain, et, un jour, on s’est dit qu’on allait fabriquer nos propres filtres en essayant d’être plus ambitieux que les standards de l’époque ». C’était en 2023 et il se lance alors dans des études pour devenir concepteur et fabricant. Il faut tout penser, tout imaginer, le contenant, ses qualités techniques, le design, la distribution, la communication… Mais surtout poser et définir le cahier des charges de ce grand défi technique qu’est cette volonté de filtrer mieux que les autres.Originaire du Lot-et-Garonne, Frédéric Seban est ingénieur informatique de formation. Son épouse Céline a été, elle, chef de produit chez un éditeur de logiciel et, aussi, éleveuse d’alpagas dans le Gers. Tous deux combinent alors leurs savoir-faire, leur expérience et leurs efforts. La tâche est immense. Tout comme l’est l’enjeu d’une eau pure, débarrassée des polluants, des résidus plastiques…« On le voit avec cette période d’intenses sécheresses, la ressource se raréfie, le risque de pollution des nappes phréatiques ou des zones de pompage augmente », souligne Frédéric.Premier écueil, l’idée de fabriquer en Europe s’avère très compliquée : disparition des savoir-faire, coûts exponentiels. Deuxième challenge : sourcer les compétences, non seulement pour la fabrication et la mise en production, mais aussi pour mener la campagne de tests qu’ils veulent bien évidemment impeccables et certifiés, mais surtout beaucoup plus poussés que ceux de la concurrence.

L’eau coue après avoir circulé dans les filtres
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Parce que le marché est en plein boom, parce que les acteurs internationaux sont en embuscade, parce que donc, c’est un sacré enjeu de rendre l’eau meilleure, pendant des mois et des mois, ils se plongent dans les études, décortiquent minutieusement la chimie, la biologie. Imaginent le scénario parfait pour arriver à la fontaine à eau filtrante idéale : « Bon, ça nous a pris un an de travail pour pouvoir réaliser le premier test, se souvient Céline, je vois encore le prototype ! » Frédéric renchérit : « On voulait pouvoir annoncer la filtration des bactéries, des virus, des métaux lourds, des PFAS, des résidus médicaux, des pesticides… ». La liste n’est pas un inventaire à la Prévert mais répond à la volonté des créateurs de mettre la barre haut. Le plus haut possible.« Je voulais surtout que les analyses soient faites sur la durée de vie du filtre, pour pouvoir annoncer ce résultat. Il a fallu donc trouver un laboratoire capable de tester un filtre sur 3 000 litres d’eau », enchaîne le chef d’entreprise. Un défi supplémentaire puisque quand ils se lancent, ce n’est pas la norme utilisée : les filtres sont testés sur de plus petites quantités. Leur ambition est de montrer l’étendue des possibilités de leur système. Il leur a fallu pour cela, et avant de se lancer, inventer un protocole de test, puis équiper le laboratoire choisi pour pouvoir mener à bien l’expérience.Des heures de travail et des nuits sans sommeil plus tard, voici donc le très attendu premier test. C’est lui qui va étalonner la démarche, la conforter et permettre de la développer. Il est concluant. La fontaine mise sur le marché est équipée de deux filtres testés et garantis pour 6 000 litres d’eau, soit deux ans de consommation moyenne, une performance que les deux créateurs savourent. Mais pour eux tout commence véritablement.
Le grand enjeu
Depuis que l’homme existe, il y a toujours eu cette nécessité de filtrer l’eau, de la nettoyer, de la rendre plus claire, plus pure. Ou simplement consommable. Et une des premières opérations menée à grande échelle a été de filtrer les eaux de la Tamise. Nous sommes au XIXe siècle, Henry Doulton utilise alors de la céramique poreuse pour éliminer les risques de choléra. Mais bien avant lui et dans les temps plus anciens, ce fut un défi permanent. Plus près de nous, les premières carafes filtrantes ont fait leur apparition dans les années 70. Depuis, la technologie a évolué, la science bien évidemment progressé… tout comme la pollution.« Tous ces facteurs combinés nous poussent à augmenter nos efforts », explique le couple de créateurs qui, après la réussite des premiers tests, passe donc fort logiquement au développement.Le système de filtration est inséré dans une coque en mélange de charbon actif de coco, certifié NSF. « On a mis au point un système de moulage à basse température pour un meilleur débit de filtration, ajoute Frédéric. À l’intérieur, on trouvera une membrane imprégnée d’ions d’argent (un système développé par la Nasa) qui permet de filtrer les métaux lourds ».

Des semaines de mises au point et de tests ont été nécessaires avant le lancement
Incollable sur le procédé de filtration par gravité, Frédéric Seban poursuit sans relâche l’aspect recherche et développement. « Je suis en veille constante. Sur notre site internet, j’actualise presque en temps réel nos avancées, celles de la science également. L’idée est de faire œuvre de pédagogie sur l’aspect scientifique, sur les progrès, leur impact, et sur la purification de l’eau. Je pense vraiment que c’est l’enjeu d’aujourd’hui, pas simplement celui de demain ». Une fois les caractéristiques de la filtration définies et certifiées, ils planchent alors sur le contenant. Ils imaginent une fontaine design, en trois couleurs et trois contenances. « Tous les matériaux utilisés comme les joints, les écrous, ont passé la conformité Reach, le règlement européen », précise l’ingénieur.
Premiers modèles
Janvier 2025 : la production est lancée, après plusieurs essais, quelques nuits blanches, beaucoup de travail « et des périodes de doutes » aussi, glisse Céline…, mais ça y est, la première fontaine de filtration signée Star Water Filter® sort : c’est le modèle inox, résolument design, qu’on commence à trouver dans pas mal de lieux. Et pour la société naissante débute l’autre grand challenge, celui de la commercialisation, de la distribution et de la communication.« Il faut qu’on se fasse connaître maintenant », résume Céline Seban. Au programme un film, une nouvelle campagne de com, les réseaux sociaux, des partenariats… « On cible les particuliers mais aussi les entreprises, les bureaux. On voit bien que de plus en plus de personnes sont sensibilisées à cette problématique et on y répond avec de l’eau filtrée. »Le service client de la société est opérationnel pour répondre à toutes les questions que les utilisateurs peuvent se poser. « On a également mis en place un suivi pour sensibiliser le client sur la durée de vie des filtres ».Simple d’utilisation, la fontaine va travailler ensuite toute seule, par gravité donc ; quelques instants après, on peut se servir. Et une fois vide, il suffit d’enlever le couvercle et de remplir à nouveau le réservoir.« Petit geste pour grands bienfaits », les créateurs savent cependant que la concurrence va essayer de s’aligner sur leurs ambitions. Mais ils comptent bien capitaliser sur leur avance pour s’installer durablement sur ce marché prometteur.
















