Un quart de siècle après l’explosion d’AZF, le 21 septembre 2001, le développement industriel du sud de Toulouse provoque toujours des débats passionnés. Projet d’usine de paracétamol d’Ipsophène, seconde ligne de production de perchlorate d’ammonium chez ArianeGroup, unité pilote de traitement des PFAS : le collectif Stop Nouveau Seveso Toulouse redoute une accumulation des risques à proximité du cratère. Élus et anciens salariés défendent au contraire la reconquête industrielle et la souveraineté pharmaceutique, mais réclament des garanties de sécurité absolues.
Vingt-cinq ans après l’explosion d’AZF, l’avenir industriel du sud de Toulouse reste un sujet à vif. Lors des commémorations du 21 septembre 2001, plusieurs élus et anciens salariés ont défendu la réimplantation d’activités sur ce territoire marqué par la catastrophe.
Mais un communiqué commun des Amis de la Terre Midi-Pyrénées et de plusieurs comités de quartier, réunis au sein du collectif Stop Nouveau Seveso Toulouse, relance la controverse.

Le collectif alerte sur l’évolution du site d’ArianeGroup, établissement classé Seveso seuil haut situé sur l’île d’Empalot, à moins de 500 mètres du cratère d’AZF. Il affirme que les engagements pris après le drame ne sont pas respectés.
Perchlorate, paracétamol et PFAS cristallisent les craintes
Selon les associations, ArianeGroup a obtenu en avril un permis de construire pour une seconde ligne de production de perchlorate d’ammonium, utilisé dans les secteurs spatial et militaire. La production globale passerait de 5 000 à 8 000 tonnes par an. Le collectif affirme également que les zones de danger liées aux installations existantes se sont étendues au-delà du chemin des Étroits.
Autre point de crispation : l’usine d’Ipsophène, autorisée par le préfet en 2025, qui doit produire à Toulouse le principe actif du paracétamol. Les opposants redoutent une augmentation des quantités de produits chimiques présentes et transportées dans le secteur. Ils contestent aussi l’installation provisoire d’une unité pilote consacrée au traitement des PFAS, ces substances surnommées « polluants éternels ».
Le collectif invoque le Plan de prévention des risques technologiques d’ArianeGroup, approuvé en 2014. Selon lui, une extension doit être « indispensable à l’activité du site » et « ne pas aggraver le risque ». Il se dit donc opposé au « quasi-doublement » de la production de perchlorate ainsi qu’à l’arrivée d’Ipsophène et de l’unité pilote sur les PFAS.

Michel Massou, membre du comité de quartier Croix de Pierre, ne conteste pas l’intérêt stratégique du perchlorate : « On en a besoin, on est complètement d’accord. La question, c’est la manière dont ils le font et pourquoi ils le font ici, avec la communauté urbaine en plein milieu. » Il déplore surtout le manque d’information préalable : « On devrait nous prévenir en disant : voilà ce qu’on veut faire, et demander éventuellement un avis. »
« Être intransigeant » sur la sécurité
Les inquiétudes dépassent les seules installations industrielles. Les associations citent aussi le projet tertiaire et sportif « Respire », porté par Icade autour du cratère, ainsi que les anciennes ballastières situées plus au sud. Elles demandent que les risques liés aux fortes chaleurs soient mieux pris en compte, la nitrocellulose qui y demeure immergée devant rester sous l’eau.

Face à ces critiques, plusieurs élus assument le choix de la réindustrialisation. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, soutient les implantations « prévues » et « discutées » dans le secteur. Sébastien Vincini, président du Département, défend lui aussi une renaissance économique du sud toulousain : « Pourquoi pas de l’industrie pharmaceutique ? C’est un enjeu d’emploi, mais aussi une façon de se reconnecter avec cette histoire, avec ce passé industriel. »
« Si on ne fait plus de médicaments, il faudra les acheter aux Chinois »
Thierry Cotelle, représentant la Région, estime que le classement Seveso implique précisément un contrôle renforcé de l’État. Il défend la « diversification industrielle » de la métropole et l’utilisation d’un site déjà sécurisé, considérant que ces nouvelles activités n’ajouteraient pas nécessairement de risque.

Parmi les anciens d’AZF, les avis sont favorables mais assortis d’une exigence absolue. « Si on ne fait plus de médicaments, il faudra les acheter aux Chinois », observe Robert Héritier, salarié de l’usine pendant vingt-cinq ans. Il réclame toutefois « la garantie que ce soit bien étudié » et promet de rester vigilant.
Ancien secrétaire du comité d’entreprise de Grande Paroisse, Armand Cassé ne considère pas le classement Seveso comme rédhibitoire : « À partir du moment où on respecte la loi et les prescriptions préfectorales, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire une usine Seveso. » Mais il fixe une ligne rouge : « Il faut être intransigeant sur le respect des règles de sécurité. On en a assez payé comme ça. »













