Compter les touristes ne suffit plus. Face au changement climatique et aux risques de surtourisme, certains gestionnaires de destinations s’appuient désormais sur un nouvel indicateur pour évaluer ce que l’environnement peut supporter avant d’atteindre un seuil critique.
Le tourisme change de méthode. Longtemps, les destinations ont surtout évalué leur succès en fonction du nombre de visiteurs, des nuitées ou des recettes. Désormais, certaines commencent aussi à mesurer l’impact de cette fréquentation sur leur environnement afin d’éviter sa dégradation.
C’est l’objectif de l’Environmental Carrying Capacity for Tourism (ECCT), un indicateur développé par l’entreprise toulousaine Murmuration. L’outil évalue la marge de sécurité écologique d’un territoire touristique avant qu’il n’atteigne un point critique.
Un indicateur pour anticiper plutôt que réparer
L’ECCT repose sur cinq critères. Quatre concernent directement l’environnement : la qualité de l’air, les ressources en eau, la santé de la végétation et la biodiversité. Le cinquième mesure la pression touristique en tenant compte de la fréquentation et de la population résidente. À partir de ces données, l’outil attribue une note allant de A à E ainsi qu’un score sur 100.
« Les destinations disposent déjà de nombreuses données sur les flux de visiteurs ou les retombées économiques. En revanche, elles n’ont pratiquement aucun indicateur environnemental. Notre objectif est de leur apporter cette information pour mesurer leur marge de sécurité », explique Cathy Sahuc, cofondatrice de Murmuration.
Éviter les fermetures de sites touristiques
L’idée est d’agir avant que les responsables d’un lieu ne soient contraints de prendre des mesures drastiques. Cathy Sahuc cite notamment la plage de Maya Bay, en Thaïlande, rendue célèbre par le film “La Plage” avec Leonardo DiCaprio. Le site a été fermé pendant plusieurs années afin de permettre à ses coraux de se régénérer après les dégâts causés par le surtourisme.
Autre exemple à Venise, où les visiteurs d’un jour doivent désormais payer l’accès lors des périodes de forte affluence. Cela permet de limiter les flux et de financer l’entretien. Ce type de décision illustre la nécessité de mieux connaître les limites d’un territoire avant que les tensions ne deviennent trop importantes.
« Si l’on peut alerter les gestionnaires avant qu’un site atteigne un seuil critique, ils peuvent adapter leur gestion des flux sans aller jusqu’à une fermeture. Il s’agit de préserver l’environnement, mais aussi l’économie locale qui dépend du tourisme », résume-t-elle.
Un outil utilisé par une cinquantaine de destinations
L’entreprise Murmuration, créée en 2019 par Cathy Sahuc et Tarek Habib, est née d’une expertise dans les données satellitaires et l’observation de la Terre. Ses outils s’appuient notamment sur des images satellites, des données climatiques, des radars et des observations de terrain afin d’analyser l’état environnemental des destinations.
Proposé depuis un an, l’ECCT est déjà utilisé par une cinquantaine de clients répartis dans une dizaine de pays. L’entreprise souhaite accélérer son développement en France et en Espagne, où elle possède une filiale à Barcelone.
Parmi les sites suivis figurent les forteresses royales du Languedoc, récemment inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco. L’outil permet d’accompagner les gestionnaires en surveillant les effets qu’une hausse de fréquentation pourrait avoir sur leur environnement.
Un changement de méthode encore difficile à accepter
Pour Murmuration, le défi consiste désormais à convaincre davantage de collectivités d’intégrer ces indicateurs dans leurs décisions. Mais certains gestionnaires manifestent de la réticence face à ces données.
« Nous avons des destinations qui nous disent : cet indicateur, je ne veux pas le voir. Les élus ne veulent pas le voir parce que cela montre des choses que nous n’avons pas envie de voir », déplore Cathy Sahuc.
« Il faut trouver un équilibre entre l’accueil des visiteurs et la préservation des territoires », insiste la dirigeante. « Avec le changement climatique et les tensions croissantes sur des ressources comme l’eau, cette question deviendra de plus en plus importante. »













