Le 18 janvier 2024, à Plaisance-du-Touch, une Mercedes lancée à plus de 100 km/h avait franchi un feu rouge avant de percuter plusieurs véhicules. Thomas, 26 ans, avait été projeté à une vingtaine de mètres et avait succombé à ses blessures. Plus de deux ans après, son conducteur a été condamné à cinq ans de prison, dont un avec sursis.
Le grondement du moteur précède la voiture. Sur l’avenue des Pyrénées, à Plaisance-du-Touch, la Mercedes noire avale la chaussée à une vitesse. Rien ne semble arrêter ce 4×4 de 540 chevaux. Il est 16 h 20, ce 18 janvier 2024. À l’approche du croisement avec la rue Maubec, le feu est rouge. La Mercedes le grille.
Deux Citroën s’engagent pour tourner. Grégory, au volant de la voiture allemande, percute une Picasso puis continue sa course. Quelques mètres plus loin, une Peugeot 206 est à l’arrêt, moteur coupé. Tout près, son propriétaire, Thomas, 26 ans, et sa mère. Le jeune homme devait prochainement emménager avec sa compagne. Ensemble, ils avaient le projet de réunir sous le même toit leurs enfants respectifs.
Il a juste le temps de tourner la tête. L’arrière gauche de la Peugeot est broyé. Thomas est projeté à une vingtaine de mètres. Sa mère est aussi touchée. Elle reste consciente, malgré la douleur. La Mercedes effectue plusieurs tonneaux avant de s’immobiliser sur le toit.
Selon l’expertise, le 4×4 roulait à environ 100 km/h lors de son premier choc avec la Citroën, qui circulait à 17 km/h. Au moment de percuter la Peugeot, sa vitesse est encore estimée autour de 90 km/h.
Sur la chaussée, des témoins accourent. Une basket blanche repose à distance du corps de Thomas. Certains tentent un massage cardiaque. Le conducteur de la Mercedes, lui, s’extrait de son véhicule à quatre pattes. Il s’en sort presque miraculeusement.
« Je suis conscient que j’ai roulé trop vite… »
Ce mardi, plus de deux ans après les faits, les images du drame défilent sur une toile de projection du tribunal correctionnel de Toulouse. La salle d’audience est plongée dans le noir. Entre les explications de la présidente, des reniflements et quelques pleurs étouffés trouent le silence. Puis apparaît le corps de Thomas. Son père baisse la tête. Son visage se contracte, son corps est secoué de sanglots.
Face à eux, Grégory, bientôt 44 ans, polo bleu et crâne clairsemé de cheveux gris, regarde longuement le sol. Son casier judiciaire est vierge. Les analyses n’avaient révélé ni alcool ni stupéfiant. « Je suis conscient que j’ai roulé trop vite », reconnaît-il. Il affirme pourtant respecter habituellement les limitations. « Ce parcours, je le connais. J’ai toujours vécu à Plaisance », ajoute-t-il.
La présidente souligne qu’il est lui-même un habitué de la route, multipliant les déplacements dans le cadre de son activité multiservices. Pourquoi, alors, cette vitesse ce jour-là ? « Je ne sais pas pourquoi j’ai roulé vite. J’ai eu un pic d’adrénaline », répond-il. Avant d’ajouter : « J’aimerais revenir en arrière. » Des mots qui semblent trop courts dans une salle où chaque phrase est confrontée à l’absence de Thomas.
Sa mère vient à la barre. Elle raconte ce 18 janvier comme « un jour banal ». Son fils n’avait même pas prévu de faire ses cartons. Elle avait insisté pour l’aider. Après le choc, elle se souvient d’abord du noir, puis d’une douleur intense. Elle cherche son fils du regard. « J’ai vu mon fils mourir sous mes yeux. »
Elle a dû réapprendre à marcher, a perdu une partie de son audition et conserve encore des séquelles. « Avant, j’étais très active. Maintenant, je suis diminuée. Je me sens brisée. J’ai peur de marcher, j’ai peur de conduire », souffle-t-elle. Thomas avait 26 ans et laisse un garçon de 5 ans. « Il ne répandait que de la joie et du positif autour de lui », poursuit sa mère. Sa voix se brise.
« Il le cherche, il veut le voir »
Le père, lui, refuse jusqu’au vocabulaire du dossier. « Ne me parlez pas d’accident. Pour moi, c’est un meurtre. » Depuis la mort de son fils, il dit avoir mené sa propre enquête, cherché à comprendre les habitudes de conduite du prévenu, accumulé les questions. « Quand ça vous arrive, comment vous réagissez ? », lance-t-il d’une voix lourde.
Les deux demi-frères de Thomas ne trouvent pas la force de parler. La présidente lit leurs déclarations. L’un se rend chaque jour au cimetière. L’autre raconte que Thomas s’était tatoué son prénom sur le bras et qu’après sa mort, il a commencé à boire.
L’ex-compagne du jeune homme, mère de son enfant, décrit un garçon profondément bouleversé par la disparition de son père. « Il le cherche, il veut le voir. Il ne veut pas aller au cimetière. Depuis le décès, je ne reconnais plus mon enfant », confie-t-elle.
L’expertise psychologique du prévenu relève chez lui des mécanismes d’altération de la vigilance et des « flous cognitifs », mais également un déplacement des responsabilités et des éléments de déni partiel.
Un signal fort
« Ce n’est pas un dossier où quelqu’un a simplement tourné la tête au mauvais moment », insiste Me Brigitte Layani-Amar, qui représente la mère de Thomas et ses demi-frères. Pour Me Catherine Raynal, avocate du fils de Thomas, « on peut imaginer la souffrance, mais on ne voudrait pas la connaître ». L’enfant, dit-elle, devra grandir avec une question sans réponse : pourquoi ? Elle demande au tribunal d’envoyer « un signal fort ».
Me Valérie Bouteiller, pour le père, estime que la conduite du prévenu ne relevait pas d’un épisode isolé et insiste sur son goût pour les véhicules puissants. Elle réclame une peine ferme.
Le parquet retient, lui, « la gravité de la faute de l’auteur », « l’immensité du préjudice » et la violence des conséquences. « Ce comportement ne pouvait que conduire à ce drame. Il a semé la destruction et la mort », affirme le procureur, avant de requérir cinq ans de prison, dont un an avec sursis, et un mandat de dépôt.
Pour la défense, Me Paul Bru rappelle la difficulté singulière de ces audiences, lorsqu’un homme jusque-là sans condamnation doit répondre d’un acte aux conséquences irréversibles. « La peine que vous prononcerez n’éteindra pas celle des parties civiles », souligne-t-il. Il plaide pour une peine ferme aménageable, assortie d’un suivi probatoire.
Le tribunal a finalement suivi les réquisitions : cinq ans de prison, dont un an avec sursis. Le permis de conduire de Grégory a été annulé, avec interdiction de le repasser pendant cinq ans. Il devra également indemniser les parties civiles. Un mandat de dépôt à effet différé a été prononcé.














