À l’occasion de la Journée internationale des infirmières, célébrée ce 12 mai 2026, les infirmières libérales d’Occitanie alertent sur une réalité de terrain de plus en plus difficile. Hausse du prix du carburant, kilomètres à répétition, manque de reconnaissance, baisse du nombre de professionnels… L’URPS Infirmiers Libéraux Occitanie appelle les pouvoirs publics à agir rapidement pour éviter une crise majeure dans l’accès aux soins.
Derrière les soins à domicile du quotidien, les tournées dans les villages reculés, les visites chez des patients âgés vivant seuls ou les passages répétés auprès de personnes atteintes de pathologies lourdes, les infirmières libérales assurent une mission devenue essentielle au fonctionnement du système de santé. En Occitanie, elles interviennent souvent là où les médecins se raréfient, où les hôpitaux sont éloignés et où certains habitants n’ont plus d’autre solution pour accéder à des soins réguliers.
Mais cette présence permanente sur le terrain a un coût humain, financier et physique de plus en plus difficile à supporter. Entre les journées qui commencent à l’aube, les kilomètres accumulés, les charges qui augmentent et le manque de reconnaissance dénoncé par la profession, de nombreuses infirmières libérales disent aujourd’hui exercer dans des conditions de forte tension. Pour l’URPS Infirmiers Libéraux Occitanie, la situation atteint désormais un point critique qui menace directement l’accès aux soins de proximité dans certains territoires.
« Donner aux infirmières les moyens d’agir, c’est sauver des vies »
Cette année, le Conseil International des Infirmières (CII) a choisi pour thème : « Nos infirmières, notre avenir. Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies ». Un message auquel l’Union Régionale des Professionnels de Santé Infirmiers Libéraux Occitanie dit s’associer pleinement. Dans la région, près de 13 000 infirmières et infirmiers libéraux assurent quotidiennement des soins à domicile, parfois dans des secteurs très éloignés des grands centres urbains.
« Ce thème nous touche au cœur. Il dit ce que nous vivons : nous avons les compétences, nous avons la vocation, mais nous devons avoir aussi les conditions pour exercer pleinement notre rôle », affirme Jean-François Bouscarain, président de l’URPS Infirmiers Libéraux Occitanie dans un communiqué relayé le 11 mai. Pour l’organisation, le sujet dépasse largement la seule question professionnelle. Les infirmières libérales représentent aujourd’hui l’un des piliers du système de santé de proximité, notamment dans les territoires ruraux et périurbains.
Des tournées parfois interminables
Dans le Sud-Ouest, certaines tournées peuvent atteindre plusieurs centaines de kilomètres par jour. « En Occitanie, région vaste et inégalement dotée, les tournées représentent parfois 200 à 300 kilomètres par jour », rappelle l’URPS dans son communiqué. Ces déplacements sont indispensables pour assurer les soins des patients âgés, dépendants ou vivant loin des structures médicales.
Mais avec l’augmentation du coût du carburant, la situation devient de plus en plus compliquée pour de nombreux professionnels. Selon l’URPS, les indemnités kilométriques actuelles ne couvriraient plus réellement les dépenses engagées. « Les remboursements kilométriques prévus par la convention demeurent très en deçà des coûts réels », estime l’organisation, qui évoque des centaines d’euros absorbés chaque mois par certains professionnels.
« Nos collègues ne voient pas grand-chose venir »
Pour les infirmières libérales, les dispositifs d’aide annoncés ces derniers mois restent insuffisants face à la réalité du terrain. Jean-François Bouscarain insiste : « On nous dit que des mesures existent pour soutenir les infirmières libérales face à la hausse du carburant. Mais sur le terrain, nos collègues ne voient pas grand-chose venir. »
L’URPS rappelle que les soins à domicile nécessitent des déplacements constants, souvent très tôt le matin et tard le soir, y compris les week-ends et jours fériés. « Faire des kilomètres pour soigner des patients chez eux, c’est le cœur de notre métier en milieu rural et périurbain », poursuit-il.
Une profession indispensable mais fragilisée
Au-delà de la question financière, le communiqué évoque une profession confrontée à une accumulation de difficultés. Les besoins de soins augmentent fortement avec le vieillissement de la population, tandis que les effectifs commencent à diminuer. « Alors que certains affirmaient que les effectifs d’IDEL suffiraient, la réalité du terrain nous rattrape déjà : dès cette première année, le nombre de professionnels recule », alerte l’URPS.
Pour l’organisation, le risque est désormais clair : voir apparaître demain des territoires sans infirmiers libéraux, comme c’est déjà le cas pour certains médecins généralistes. Une perspective qualifiée de « véritable séisme pour le système de soins à la française ».
Des demandes concrètes adressées aux pouvoirs publics
À l’occasion de cette journée symbolique, l’URPS Infirmiers Libéraux Occitanie formule plusieurs demandes précises. L’organisation réclame notamment :
- une revalorisation des indemnités kilométriques ;
- une indexation sur le prix réel du carburant ;
- une meilleure reconnaissance du rôle des infirmières libérales dans le premier recours ;
- ainsi que des conditions d’exercice jugées plus équitables et plus sûres.
L’URPS demande également que les infirmières puissent participer davantage aux politiques de santé et à l’organisation des soins sur les territoires.
« Le minimum pour que la profession survive »
Pour les représentants de la profession, la question est désormais urgente. « Autonomiser les infirmières, ça commence par des actes simples comme reconnaître que nos collègues parcourent chaque matin des kilomètres pour soigner des gens qui ne pourraient accéder aux soins autrement, et les rémunérer en conséquence », insiste Jean-François Bouscarain. Avant de conclure : « C’est le minimum pour que cette profession survive et continue de faire vivre notre système de santé. »
Dans une région aussi vaste que l’Occitanie, où de nombreux habitants dépendent encore largement des soins à domicile, le message lancé ce 12 mai sonne comme un appel à mieux reconnaître le rôle essentiel des infirmières libérales et à préserver un accès aux soins de proximité sur l’ensemble du territoire.


















