Depuis huit ans, Agnès de Lagausie et Laurent Paquereau vivent au rythme de la plateforme logistique Lidl, installée à l’entrée Sud de Baziège, près de Toulouse. Malgré quatre mises en demeure de la préfecture, une expertise judiciaire concluant à des dépassements des seuils sonores réglementaires et de nombreuses démarches administratives, les nuisances dénoncées par le couple persistent. Les deux habitants poursuivent aujourd’hui un combat qu’ils n’imaginaient pas mener aussi longtemps.
À Baziège, dans le Lauragais, à une trentaine de kilomètres de Toulouse, Agnès de Lagausie n’a pas besoin de regarder par sa fenêtre pour savoir que la plateforme Lidl est en activité. « La maison tremble », résume-t-elle. Depuis huit ans, la riveraine et son compagnon dénoncent les nuisances générées par l’immense plateforme Lidl installée à l’entrée Sud du village.
Inauguré en 2018, le site logistique a remplacé un entrepôt devenu trop exigu pour accompagner le développement de l’enseigne. Avec ses 56 000 m², soit près de huit terrains de football, il figure parmi les plus importantes bases Lidl de France. Quelque 270 salariés y travaillent pour approvisionner 78 magasins.
Mais pour Agnès de Lagausie et Laurent Paquereau, cette infrastructure est surtout devenue synonyme de perturbations quotidiennes. « Les camions circulent quasiment jour et nuit. Il y a les moteurs frigorifiques, les souffleries, les bips de recul, les chocs des palettes, les tours aéroréfrigérantes. Le bruit ne s’arrête jamais », explique la Baziégeoise. Selon elle, la gêne ne se limite pas au bruit. Le couple évoque également une pollution lumineuse permanente liée à l’activité nocturne de l’entrepôt.
Une dizaine de plaintes déposées depuis 2020
Face à cette situation, les deux habitants ont multiplié les démarches auprès des services de l’État. Selon Agnès de Lagausie, une dizaine de plaintes ont été adressées à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) depuis 2020. Les différents contrôles réalisés ont conduit l’administration à intervenir à plusieurs reprises. Au total, quatre mises en demeure ont été adressées à Lidl afin que la plateforme respecte la réglementation en matière de bruit.
La plus récente date de mars 2026. Elle fait suite à une nouvelle étude acoustique concluant à la persistance de dépassements des seuils réglementaires. « À chaque fois, les études montrent qu’il existe un problème. À chaque fois, il y a une mise en demeure. Pourtant, nous continuons à subir les mêmes nuisances », regrette la plaignante.
Une expertise judiciaire conclut à la non-conformité du site
Le dossier a également pris une tournure judiciaire. En 2024, une expertise ordonnée par la justice a conclu à la non-conformité acoustique de la plateforme. Selon les conclusions de l’expert, des dépassements de 16,5 décibels en journée et de 5,5 décibels durant la nuit auraient été constatés.
Pour la riveraine, ce rapport a constitué une étape importante. « Cette expertise a confirmé ce que nous dénonçons depuis des années. Ce n’est pas seulement une question de ressenti », explique-t-elle. À ses yeux, le débat ne porte plus sur l’existence des désagréments mais sur les moyens mis en œuvre pour y mettre fin.
Des aménagements réalisés, mais jugés insuffisants
Au fil des années, Lidl a néanmoins engagé plusieurs mesures correctives. Des prises électriques ont notamment été installées afin que les camions puissent alimenter leurs équipements frigorifiques sans laisser tourner les moteurs à l’arrêt. D’autres adaptations de fonctionnement ont également été mises en place sur le site.
Le couple reconnaît ces évolutions mais estime qu’elles ne permettent pas de résoudre le problème de fond. « Le biberonnage des camions est une bonne chose. Mais les études continuent de montrer que la plateforme reste non conforme », souligne-t-elle. Selon elle, plusieurs rapports techniques recommandent depuis plusieurs années des interventions plus importantes sur certaines installations identifiées comme particulièrement bruyantes. « Nous avons l’impression que l’on traite les conséquences sans s’attaquer réellement aux causes », poursuit Agnès de Lagausie.
« À quoi servent les mises en demeure ? »
Après huit années de procédures, c’est surtout l’absence de résultat concret qui nourrit l’incompréhension des résidents. « Nous avons des plaintes, des contrôles, quatre mises en demeure et une expertise judiciaire. Pourtant, la plateforme continue à fonctionner sans changement majeur. À quoi servent les mises en demeure si elles ne sont pas suivies d’effets ? » s’interroge l’habitante de Baziège.
Les deux propriétaires insistent toutefois sur un point : ils ne demandent pas la fermeture du site. « Nous savons que cette plateforme représente des emplois et une activité économique importante pour le territoire. Nous demandons simplement qu’elle respecte les normes environnementales qui s’appliquent à tous », affirme Agnès de Lagausie. Au fil des années, leur combat a reçu le soutien de l’association Terr’Eau Lauragais ainsi que de plusieurs collectifs engagés sur les questions environnementales. Un appui précieux pour poursuivre un dossier devenu particulièrement complexe.
Huit ans plus tard, toujours les mêmes questions
Contactée par la rédaction, la direction de Lidl France n’a pas souhaité répondre à nos questions. De son côté, malgré plusieurs sollicitations, la DREAL Occitanie et les services de l’État n’ont pas donné suite à nos demandes au moment de la publication de cet article.
Huit ans après les premières alertes, Agnès de Lagausie et Laurent Paquereau continuent donc d’attendre des réponses concrètes. Pour les deux habitants, une question demeure : comment une installation visée à quatre reprises par des mises en demeure et reconnue non conforme par une expertise judiciaire peut-elle continuer à fonctionner sans que le conflit ne trouve d’issue ?











