Pendant des mois, Amélia dit avoir vécu au rythme des humiliations, des coups et de la jalousie de son compagnon. Le 28 août, après une dispute, la violence a franchi un nouveau seuil : coups, menaces de mort et une arme saisie dans la chambre. Patrick a été condamné ce lundi par le tribunal correctionnel de Toulouse à trois ans de prison.
Le camion roule vers Cugnaux lorsque la question tombe. Patrick vient de voir qu’Amélia a ajouté un homme sur Instagram. « C’est qui, ce mec ? » Elle répond, explique, assure qu’il n’y a rien. Lui ne lâche plus. Il lui donne 15 minutes pour s’expliquer. Sur le siège passager, Amélia se fait tirer les cheveux.
Quelques minutes plus tard, devant leur maison, un coup de pied dans le dos la projette au sol. Patrick la relève, la pousse jusqu’à la chambre. Il tourne en boucle sur cet homme d’Instagram. Amélia tente encore de convaincre. Elle affirme qu’il la gifle à plusieurs reprises, la frappe au visage et au haut du corps. Puis elle le voit se pencher sous le lit. C’était le 28 août.
Ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Toulouse, cette scène revient par fragments. Amélia est assise à quelques mètres du box, dans une combinaison en jean. Patrick, grand, massif, les cheveux rasés, écoute. Chef d’entreprise dans le photovoltaïque, pratiquant de tir sportif, il comparaît pour des violences conjugales que le parquet décrit comme anciennes, répétées, et de plus en plus graves.
Dans la chambre, Amélia raconte qu’elle cherche à gagner la porte-fenêtre. Patrick la rattrape, la tire en arrière, lui saisit le cou. Elle le voit prendre une arme et chercher des munitions. Il lui dit qu’elle va mourir. Elle est désormais à genoux. Elle supplie. Elle lui parle de ses enfants. « Pense à tes enfants. » Quatre mots qui, selon elle, font retomber quelque chose.
« Je vis dans la peur »
Patrick prend son téléphone, fouille les messages, remonte les conversations. Puis une feuille blanche. Il lui ordonne d’écrire qu’elle est malade, qu’elle ment, qu’elle le fait souffrir. Ce n’est qu’ensuite qu’il lui dit de partir. Elle attrape ses clés et son téléphone. Une amie vient la récupérer. Le soir même, elle se rend à la gendarmerie de Villeneuve-Tolosane.
À l’audience, les mois précédents sont remontés un à un. Des gifles. Des coups de poing. Les violences deviennent si fréquentes qu’Amélia en vient presque à compter les jours où Patrick ne la frappe pas. Il lui aurait promis de la « tuer comme Jubillar » à plusieurs reprises. Amélia ne travaille plus. Ses amis ne la voient presque plus. Elle évite certaines sorties parce qu’elle sait qu’elles peuvent provoquer une dispute. « Je vis dans la peur », avait-elle résumé devant les gendarmes.
Les enfants apparaissent eux aussi dans le dossier. Le fils adolescent d’Amélia aurait vu Patrick frapper sa mère. Une procédure distincte a été ouverte pour des violences dont il aurait lui-même été victime. Il est depuis parti vivre chez son père.
Un mécanisme d’emprise
Me Nicolas Ruinier Caubet, défenseur d’Amélia, a décrit un mécanisme d’emprise, « particulièrement abject ». « Cet homme n’en a que faire de la présence des enfants lors des violences. L’humiliation est poussée jusqu’au bout. Il la force à écrire qu’elle ment, sur une feuille », plaide-t-il.
Le procureur réclame cinq ans de prison, dont trois assortis d’un sursis probatoire. Me Julie Duroch, l’avocate de Patrick, s’efforce au contraire de fissurer la chronologie présentée par l’accusation. Elle insiste sur l’absence, selon elle, d’éléments matériels pour établir une continuité de violences sur plusieurs années. Certains épisodes reposent essentiellement sur les déclarations d’Amélia et celles des enfants, souligne la défense.
Le tribunal retient finalement une peine de trois ans d’emprisonnement, dont dix-huit mois avec sursis probatoire pendant deux ans. Patrick est maintenu en détention. Il devra suivre un stage consacré aux violences conjugales, indemniser Amélia et ne plus entrer en contact avec elle. Ses armes sont confisquées et il lui est interdit d’en détenir pendant cinq ans.















