REPORTAGE. Après l’exécution d’un jeune homme de 23 ans devant le groupe scolaire Sylvain-Dauriac à Toulouse dans la nuit du 5 au 6 septembre, l’incompréhension et la peur règnent chez les parents d’élèves. Les habitants du quartier La Farouette en deviennent fatalistes : les tirs sont devenus une partie intégrante de leur vie. Et la vie continue après les drames. Certains rêvent de partir, inquiets pour l’avenir de leurs enfants face à cette montée de la violence. Ils témoignent dans les colonnes de La Dépêche.
Aux abords du groupe scolaire toulousain Sylvain-Dauriac, où maternelle et élémentaire se jouxtent, ce début d’année scolaire garde un goût amer d’effroi. Dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 septembre, un jeune homme de 23 ans est tombé sous les balles d’une arme de guerre, abattu devant l’établissement. Ce mardi 8 septembre dans l’après-midi, sous le soleil toulousain, le ballet des écoliers reprend. Mais les conversations au portail restent pesantes, avant la sortie des petites têtes blondes, empreintes d’une angoisse sourde.

Une riveraine vient chercher sa fille à l’école maternelle. Elle habite le bâtiment d’à côté. Elle a entendu les détonations dans la nuit. Malgré la fréquence tristement répétée des tirs dans le secteur, elle n’a pas identifié le son sur le coup et s’est rendormie. « Le lendemain, en allant faire les courses avec mes enfants, j’ai compris », confie-t-elle sous couvert d’anonymat. Ses petits, réveillés en sursaut la nuit même, n’ont pas fait grand cas du bruit, inconscients du drame qui venait de se jouer sur le chemin de leur école.
Comment expliquer l’inexplicable aux plus petits ?
Pour les plus grands, difficile d’échapper à la réalité. Salifou vient récupérer sa belle-fille et ses deux enfants. Son fils en élémentaire a appris la nouvelle par des camarades dès le lundi matin : « Il m’a posé plein de questions, il était très curieux. Mais je ne peux pas lui dire que quelqu’un s’est fait abattre comme un animal. Ça fait réfléchir : est-ce que le quartier est bon pour nos enfants ? On peut parler de la mort quand c’est la vieillesse ou une maladie… Là, on explique comment ? »
Le père de famille tente de transmettre des repères : « Le problème, c’est que ça va les marquer. Nous, on fait notre vie sans être mêlés à ça. J’apprends à mes enfants à ne pas choisir la facilité. Vendre ça peut rapporter 5 000 € la journée, mais ça a des conséquences un jour ou l’autre. Il faut se bouger, aller bosser. »
« Je veux partir »
Aisha et Fatima*, mères de famille croisées quelques mètres plus loin, partagent la même lassitude : « Les enseignants en parlent. Nous sommes tristes, bien sûr, mais il se passe tellement de choses qu’on ne peut pas vivre traumatisés. Il y a quelques jours, c’était des tirs devant chez des personnes âgées. Tout le monde s’habitue, même les enfants. »
Malgré l’impuissance ressentie, Aisha entretient un rêve : « Je veux partir dans un petit village en périphérie, c’est la seule chose à faire. » À deux pas, Naïma attend ses deux petits en maternelle : « Je leur cache les réponses quand ils posent des questions. On s’inquiète en permanence. » Quant à son fils adolescent, elle se ronge parfois les sangs quand il lui annonce sortir retrouver des copains : « Je lui dis non. Il me dit ‘ne t’inquiète pas maman’. Mais comment peut-on ne pas s’inquiéter ? »
Une présence policière renforcée
Saisis du dossier, les enquêteurs de la DCOS (Division de la criminalité organisée et spécialisée) poursuivent leurs investigations pour faire la lumière sur cette exécution ciblée.
De son côté, la mairie de Toulouse affirme avoir immédiatement réagi pour sécuriser les lieux. « Un équipage de la police municipale est mobilisé jusqu’à la fin de la semaine » lors des entrées et sorties de classe. Avant la réouverture lundi, les services municipaux, l’inspecteur de l’Éducation nationale et la direction d’école ont inspecté les extérieurs : « aucun marquage, dépôt ou autre élément susceptible de raviver l’événement n’a été constaté, et les impacts de balles restent très peu visibles ».
Des psychologues scolaires et une psychologue du travail sont également mobilisés sur place pour accompagner enfants, familles, personnel éducatif et agents municipaux.















