Il a fallu environ trois heures à Cédric Jubillar pour reproduire le meurtre de sa femme, à Cagnac-les-Mines (Tarn), et la dissimulation de son corps, à Mailhoc, une douzaine de kilomètres plus loin, ce vendredi 2 octobre.
T-shirt blanc, pantalon type treillis et chaussures de rando, Cédric Jubillar est face à sa propre vérité. Dans cette maison qu’il a construite de ses mains, rue Yves-Montand, à Cagnac-les-Mines (Tarn), le voilà fin prêt pour reproduire la scène d’un crime à huis clos. Un meurtre sous le coup d’une pulsion furieuse ou un étranglement savamment préparé ?
C’est précisément ce qui se joue, ce vendredi 2 octobre, dans ce salon-cuisine, où, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, Delphine Jubillar, 33 ans, mère de deux enfants, vit ses dernières heures face à un mari jaloux. L’épilogue final de plusieurs mois de tension au sein de ce couple en déliquescence. L’infirmière tarnaise vient de lui apprendre qu’elle a un amant. Cédric Jubillar « vrille », jusqu’au geste fatal.
L’artisan plaquiste de 39 ans, passé aux aveux, cet été, après cinq ans de mensonges et de déni, veut prouver à la justice, avocat général, juge d’instruction, avocats des parties civiles et enquêteurs, comment il s’y est pris pour étrangler la mère de ses enfants avant de faire disparaître son corps sous un tas de terreau, à Mailhoc, une douzaine de kilomètres plus loin.
Dans cette pièce de jour, à l’intérieur de laquelle il n’avait plus remis les pieds depuis décembre 2022, date de la première reconstitution, Cédric Jubillar, mâchoire tremblante, s’exécute. Selon son récit, il est environ 1 h 30 du matin, ce 16 décembre 2020. Il se réveille, sort de sa chambre et arrive au salon.
Delphine est sur le canapé avec son téléphone. Des insultes fusent. Il se roule une cigarette derrière le bar. Son épouse brandit son téléphone et il distingue une photo d’elle « un peu sexy ». Elle lui aurait dit, « j’ai trouvé quelqu’un qui fait mieux l’amour que toi… » Il pose ses deux mains sur son cou. C’est une gendarme qui joue le rôle de sa femme. La scène se passe dans la cuisine, contre le frigo. Il mime l’étranglement. Jusqu’à ce que le corps inerte tombe au sol.
« Il a coopéré au maximum »
Dans sa nouvelle version, Cédric Jubillar affirme avoir transporté le cadavre de sa femme, quinze minutes plus tard, dans le coffre de la voiture stationnée dans la rue. Mais lors de la reconstitution, il a du mal à porter le mannequin de 60 kg qui gît au sol.
Depuis 2020, plus de cinq ans ont passé. Moins affûté et affaibli par autant d’années passées au quartier d’isolement de la maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne), l’artisan peine à aller plus loin. Mais il est formel : « La porte du couloir était grand ouverte ». Sous-entendu, Louis, le fils du couple, six ans au moment des faits, n’a pu être témoin de la scène de la dispute ce soir-là, « sinon je l’aurais vu ! », assure Cédric Jubillar.
« Il dit que cette porte était ouverte mais cela ne correspond pas aux habitudes du couple, réagit pour La Dépêche du Midi, Me Laurent Boguet, l’un des deux avocats et représentants des enfants. On fermait cette porte qui donnait sur la partie nuit pour permettre aux enfants de dormir. Cédric Jubillar réorganise la temporalité de la soirée ».
L’artisan plaquiste élude la présence des lunettes de sa femme. Accessoire de vue pourtant retrouvé cassé. Après 1 h 30 d’une scène d’étranglement reproduite dans ses moindres détails, au gré des souvenirs parfois défaillants du principal acteur, direction Mailhoc.

Vers 11 h 30, et après quinze minutes de route, le cortège judiciaire se rend chemin de Lobre, via la D600, en direction de Cordes-sur-Ciel. Cédric Jubillar indique avoir garé la voiture capot vers les tas de compost. Il creuse avec ses mains et cette fois, il parvient à soulever le mannequin pour le déposer dans le compost avant de le recouvrir de terreau. Manœuvre au cours de laquelle tout le monde s’est aperçu que ce substrat s’avère parfaitement friable et ne laisse pas de traces.
En un peu moins de trois heures, le mari vient de rejouer la scène de crime, de Cagnac-les-Mines à Mailhoc.La nuit du 15 décembre 2020, tout s’est passé selon lui, entre 1 h-1 h 30 et 3 h 52, heure à laquelle il dit s’être réveillé pour organiser la dissimulation du meurtre de sa femme.
« Tout s’est très bien passé, il a coopéré au maximum », souligne Me Pierre Debuisson pour la défense de Cédric Jubillar. « Nous n’avons rien appris de nouveau, Cédric Jubillar se met à nouveau en scène pour raconter des mensonges », conclut, Me Mourad Battikh, pour la famille de Delphine. Prochaine étape, du 30 avril au 14 mai 2027, devant la cour d’assises d’appel, à Toulouse. L’artisan plaquiste avait été condamné, en première instance, l’année dernière, à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse.
























