Sa place Notre-Dame a doublé pour Saint-Malo en 1942. Ses ruelles ont accueilli André Malraux avant de recevoir des stars de Netflix. Villefranche-de-Rouergue, bastide du XIIIe siècle en plein cœur de l’Aveyron, est depuis longtemps un plateau de cinéma à ciel ouvert, et pourtant la plupart de ses visiteurs l’ignorent.

Une bastide née pour être filmée
Fondée en 1252 par Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX, Villefranche-de-Rouergue est l’archétype de la bastide médiévale du Sud-Ouest. Son plan en damier, sa place Notre-Dame aux arcades basses, sa collégiale à clocher-porche imposant, ses ruelles étroites bordées de maisons à colombage : tout ici ressemble à un décor de cinéma tant le site a été préservé.
Ce n’est pas une impression. La bastide concentre depuis des décennies une densité remarquable de lieux filmables, au point que la ville a formalisé une carte des sites de tournage répertoriant plus d’une quinzaine de spots distincts dans un rayon de quelques centaines de mètres. Ce n’est pas anodin : l’Occitanie est aujourd’hui la deuxième région française pour le nombre de jours de tournage de fictions, et Villefranche y tient une place particulière.
André Malraux avait commencé
Peu de visiteurs le savent, mais la vocation cinématographique de Villefranche-de-Rouergue remonte à la fin des années 1930. André Malraux y a tourné des scènes de L’Espoir en 1938-1939, film adapté de son propre roman sur la guerre d’Espagne. La place Notre-Dame y incarne alors la place de Linas, décor d’une scène clé du film. C’est l’une des premières utilisations documentées du patrimoine urbain de la bastide comme décor de cinéma.
Des décennies plus tard, le téléfilm Olympe de Gouges, réalisé par Julie Gayet sur la vie de la révolutionnaire féministe originaire de Montauban, reprend les mêmes rues pour reconstituer le Paris du XVIIIe siècle. La place Notre-Dame y accueille notamment la scène de décapitation d’Olympe de Gouges, d’autant que la configuration de la place, entourée de bâtisses à arcade, se prête particulièrement bien aux reconstitutions de places publiques d’époque.
Quand Netflix a choisi la bastide pour Saint-Malo
Le tournage le plus médiatisé reste celui de Toute la lumière que nous ne pouvons voir, minisérie en quatre épisodes produite par Netflix et réalisée par Shawn Levy, connu notamment pour Stranger Things. L’adaptation du roman de l’Américain Anthony Doerr, prix Pulitzer 2015, raconte le destin de deux enfants à Saint-Malo pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le problème : le vieux Saint-Malo a été détruit à plus de 80% pendant les bombardements de la Libération, et sa reconstruction en style breton ne convient pas au cinéma d’époque. Le chef décorateur de la série, l’Anglais Simon Elliott, se souvient alors d’un séjour dans la région quelques années plus tôt et propose Villefranche-de-Rouergue. En juillet 2022, la bastide accueille plus de 300 techniciens, 500 figurants recrutés localement, et des acteurs comme Mark Ruffalo et Hugh Laurie. Les images ont été vues dans le monde entier depuis la sortie de la série en novembre 2023.
L’office de tourisme local propose aujourd’hui un parcours de visite avec des QR codes permettant de retrouver les décors reconstitués : la boulangerie sous les arcades, la mercerie de la place de la Fontaine, la cannerie de l’arsenal. Le document est disponible à l’office de tourisme et en mairie.
Comment s’y rendre et visiter ?
Villefranche-de-Rouergue se mérite, mais elle est accessible en train direct depuis Toulouse-Matabiau en 1h40 environ, pour un billet à partir de 10€. La gare est à une vingtaine de minutes à pied du centre historique. La bastide est en accès libre, la visite du centre ne demande pas de ticket d’entrée.
À noter : le marché du jeudi matin sur la place Notre-Dame est l’un des plus anciens du Rouergue, et l’ambiance qu’il crée rappelle exactement pourquoi les équipes de Netflix s’y sont installées. La bastide est à environ 2h de route de Toulouse pour ceux qui préfèrent la voiture, via l’A20 direction Figeac puis les routes aveyronnaises.
Pour le week-end suivant, entre le parcours Netflix, la collégiale et le marché, Villefranche-de-Rouergue offre facilement une journée pleine, sans avoir besoin de chercher plus loin.

















