Malgré les douleurs chroniques, les opérations et un passé marqué par les viols et la maltraitance, Laëtitia Proust refuse de baisser les bras. Cette maman de 48 ans, installée près de Toulouse, vit avec une discopathie dégénérative. Et elle a choisi l’humour comme échappatoire. Dans son livre « Les droguées d’humour », écrit avec son fils, elle transforme les épreuves en éclats de rire et continue d’avancer, coûte que coûte.
Laëtitia Proust feuillette son livre, « Les droguées d’humour », assise sur un banc, à l’ombre des arbres du parc. La position est inconfortable, elle grimace. « Je sors du travail, c’est toujours dur à cette heure-là… » La souffrance, cette maman de 48 ans vit avec 24 heures sur 24. « J‘ai des douleurs tout le temps, dès le réveil. Quand il y a des changements de temps, c’est horrible, soupire-t-elle. J’ai l’impression que ma tête est enfoncée dans ma colonne vertébrale. Je prends parfois de la morphine pour souffler, quand je ne travaille pas. »
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En proie à une discopathie dégénérative (l’usure des disques intervertébraux), qui attaque non seulement son dos mais de nombreuses articulations de son corps, elle a subi deux lourdes opérations ces dernières années, l’une au niveau des cervicales, et l’autre au niveau de la colonne vertébrale, pour une greffe d’os. Mais ces interventions n’ont pas réglé tous ses problèmes. Le mal progresse de façon spectaculaire et les souffrances la dévorent. Au point que l’avenir est très incertain. « Je sais qu’un jour ou l’autre, je serai en fauteuil, il n’y a pas photo. Mais, m****, le plus tard sera le mieux ! » D’autres opérations seront nécessaires, mais elles ne sont pas envisageables dans l’immédiat, en raison du montant des dépassements d’honoraires, que Laetitia n’a pas les moyens de payer.
« J’ai pas envie de faire pitié »
Ce livre n’est pas son premier. Édité à compte d’auteur, « Les droguées d’humour » est une échappatoire, qu’elle a écrit avec l’aide de son fils, qui a réalisé les dessins. « Quand j’ai su que j’avais de graves problèmes de dos, j’étais hyper en colère, parce que je venais de cumuler beaucoup de choses dans ma vie. Je me suis dit : j’ai pas envie de faire pitié, je vais plutôt faire rire, confie-t-elle. Alors j’ai décidé de faire naître Victoire, Catherine et Aurore, qui sont trois copines qui sortent les week-ends, et qui abordent plein de sujets : la ménopause, la crise d’ado, les problèmes de thunes. Tout ça avec de l’humour, des situations un peu hilarantes, dans lesquelles chacun peut se retrouver. » Un livre pour décompresser et pour garder le cap, alors qu’elle sait qu’elle va « continuer à (se) désagréger ».
Laëtitia est une rescapée de la vie. Elle a connu l’horreur et traîne un « passé lourd », qu’elle a raconté dans un précédent ouvrage, « Ephélides », paru aux éditions du Panthéon en 2009. Elle y livre ses quinze ans de viol subis en famille d’accueil. À cette époque, le livre fait du bruit. Son autrice écume les plateaux télé, en quête de reconnaissance et de vengeance. S’ensuivra un procès contre l’ASE (Aide sociale à l’enfance), qu’elle perdra. L’écriture a toujours été un refuge pour elle, depuis son enfance torturée.
« On n’est pas tombés sur la bonne famille »
Originaire de Bonnes, près de Poitiers, elle naît dans une famille où la violence et la maltraitance règnent en seuls maîtres. « Avec mon frère, on a été retirés à nos parents parce qu’on était frappés. On vivait enfermés dans des placards. Je n’ai pas eu tous les biberons dont j’avais besoin. » Les deux enfants sont placés dans une même famille d’accueil. Elle y restera de ses 2 ans à ses 18 ans. « J’ai été maltraitée et violée. On n’est pas tombés sur la bonne famille », déplore-t-elle. Elle remonte son tee-shirt et nous montre son dos. De nombreuses traces de coups de martinet sont encore visibles. « Je me suis mangé des roustes, j’ai des cicatrices partout. Si je faisais la moindre faute d’orthographe, j’en prenais une. » Son frère se suicide quand elle a 17 ans. Elle tient en cachette puis parvient à s’échapper et commence, avec la complicité d’une professeure, des études d’aide-soignante.
Arrivée à Toulouse par amour, elle travaille aujourd’hui dans une crèche, et vit à La Salvetat Saint-Gilles. Mais les blessures de l’enfance continuent de peser sur sa vie, jusque dans sa santé. Car ses problèmes de santé sont probablement liés à la malnutrition dont elle a été victime. « J’ai demandé à mon chirurgien si ça pouvait être lié au fait que je n’ai pas été nourrie correctement. Il m’a dit que ça pouvait jouer sur la calcification des os. »
Malgré tout ce qu’elle a vécu, elle continue à aller de l’avant. « Depuis la mort de mon frère, je me dis que je reste debout pour deux. » Et fait preuve d’une résilience incroyable : « Je ne leur en veux pas, à mes mères. Je suis une victime de la misère sociale. »















