Lionel Ricaud est secrétaire départemental (Haute-Garonne) du syndicat de police nationale, Alliance. Cet ancien policier de terrain connaît parfaitement les problématiques que traversent ses collègues depuis le début de la crise lycéenne. Plainte contre l’État, usure des troupes, le syndicaliste n’élude aucun sujet à la veille de la grande journée de grogne nationale, ce samedi 17 octobre.
Après plusieurs semaines d’interventions dans la crise lycéenne, quel est l’état des troupes ?
Lionel Ricaud : Il y a beaucoup de fatigue et d’usure chez nos collègues. Ils sont rappelés lors de leurs jours de repos et les vacations durent entre quinze et seize heures donc la fatigue est grandissante. Sur ce mouvement lycéen, la hiérarchie fait appel à plusieurs fonctionnaires issus de différents services car nous n’avons pas assez de CRS ni d’escadrons de gendarmerie mobile pour le quotidien, contrairement à la grande manifestation de ce samedi qui, elle, était annoncée. Sur ces dernières semaines, on a vu par exemple des moniteurs de sport, des effectifs de la police aux frontières ou de la police judiciaire venir gonfler les rangs des collègues pour leur prêter main-forte. Ils viennent avec leur casque et leur bouclier. Ils ne sont pas habitués et se sentent forcément en danger face à des situations pour lesquelles ils ne sont pas formés. En plus de la fatigue, cela rajoute un climat anxiogène.

Justement, votre syndicat a d’ailleurs déposé une plainte contre l’État pour « mise en danger de la vie d’autrui… »
Oui, il s’agit de mettre en évidence ces difficultés car on envoie tout le monde sur le terrain, sans formation, avec de simples bâtons télescopiques, sans flash-ball… Nos collègues se sentent donc démunis et en situation de danger. Cette plainte est vraiment destinée à marquer le coup pour dénoncer cette situation et faire prendre conscience, à tous les niveaux, que nos collègues se sentent utilisés comme de la chair à canon.
L’IGPN est saisie de 36 enquêtes pour suspicions de violences policières contre les manifestants, depuis le début du mouvement, fin septembre, en France. Comment expliquer un tel chiffre ?
Il y a sans doute la maladresse des collègues. Mais aussi le recours très fréquent à la plateforme mise à disposition par l’IGPN pour que les citoyens signalent et écrivent dans ce formulaire ce qu’ils estiment être des violences policières. Tout est répertorié. Il faut savoir que nous sommes l’organisme le plus contrôlé en France, cela fait partie du quotidien du policier. Nos collègues doivent tout le temps s’expliquer et rendre des comptes auprès de leur hiérarchie.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé le retour d’une grenade assourdissante pour la manifestation de ce samedi, après l’avoir retirée en pleine crise lycéenne. Comment réagissez-vous ?
Cette grenade assourdissante permet une évacuation rapide lorsque les policiers sont en danger. Elle est utilisée en dernière nécessité pour protéger l’intégrité des forces de l’ordre. Elle a été retirée suite à l’arrachage de la main d’un lycéen, à Lens. Une enquête est toujours en cours sur ces faits. Pour les forces de l’ordre, cette grenade est un moyen supplémentaire de défense. Quand les collègues sont acculés, elle leur donne la possibilité de se dégager dans un scénario type violences urbaines.

















