Mohamed Z. est un miraculé. Enlevé, torturé, séquestré à Toulouse pour une affaire de carottage supposé de 100 000 euros de drogue, il a sauté en marche d’une voiture qui le conduisait vers une mort probable de l’autre côté de la frontière espagnole, en mai 2022. Ce mercredi, son témoignage devant la cour d’assises de la Haute-Garonne s’est révélé glaçant. Et les conclusions de son enquête personnelle sur le mobile présumé de son calvaire, particulièrement corrosifs pour les sept accusés présents.
Ce n’est pas un enfant de chœur. Il a d’ailleurs l’honnêteté de le reconnaître. Se présentant comme « apporteur d’affaires » à Bordeaux, Mohamed Z., 35 ans, évoque surtout son ancienne vie devant la cour d’assises de Haute-Garonne, ce mercredi. Il y dépose en qualité de plaignant. Une existence entière ou presque dédiée à la délinquance, après avoir quitté sa Tunisie natale à l’âge de 12 ans, avec fratrie et parents, pour s’installer quartier des Izards, à Toulouse.
Newsletter Faits Divers
Chaque vendredi, retrouvez les affaires qui marquent notre région, les enquêtes qui font parler, les procès majeurs et les coulisses de l’actualité police-justice, décryptés par nos journalistes spécialistes.
« Son trou était déjà creusé en Espagne »
À 17 ans, il comparaît devant la cour d’assises des mineurs pour un braquage. « J’ai fêté ma majorité en prison », confirme-t-il. Le trafic de drogue le happe. « Je n’ai jamais travaillé. J’étais à 100 % dans le monde des stups ». Au total, il cumule « douze années de détention ».
Mais s’il peine désormais à « rester debout longtemps », il estime le devoir aux sept hommes dans le box (trois autres sont en cavale, NDLR), au terme d’une séance de tortures de deux heures, en mai 2022, pour un supposé carottage de 100 000 euros de drogue. « Son trou était déjà creusé en Espagne », assure un fin connaisseur du dossier.
« Je sentais bouger un os de mon crâne »
Mohamed Z. ressuscite cette nuit de cauchemar. L’arrivée à Gagnac-sur-Garonne vers minuit « pour dépanner un ami de quelques joints ». Un piège. Trois voitures déboulent desquelles jaillissent une dizaine d’hommes. « Des gens que je ne connaissais pas ». Soumis à une pluie de coups, il est mis K.O. et ramené dans un appartement toulousain. « Plus de son, plus d’images ».
Plantes de pied brûlées (à la cigarette ?), coups portés sur tout le corps, multiples fractures, quatre plaies à l’arme blanche. « J’ai dû rester éveillé un quart d’heure en tout, quelques minutes à chaque fois ». Déposition glaçante. Entravé, il est embarqué à l’arrière droit de sa voiture de location. Direction l’Espagne. « Je sentais un os bouger au niveau de mon crâne. Au moindre coup, ça me renvoyait direct dans les vapes ».
« Ils n’avaient pas mis la sécurité enfant »
Il reconnaît le péage du Boulou, sur l’A9. « J’y passais souvent ». Il sait ce qui l’attend. « Je suis là pour mourir mais je ne connais pas le programme ». Sursaut vital. « J’ai commencé à réfléchir à un plan pour m’en tirer ». Il se défait des serre-flex. « Sans doute pas les plus solides du marché », ironise-t-il. « J’ai vérifié s’ils avaient mis la sécurité enfant et je me suis jeté par la portière, quitte à me faire happer par les camions sur la file de droite ». L’experte psychiatre résume la situation. « Il a vécu un sentiment de mort imminente. Il l’a vue en face ». Un homme promenant son chien lui sauvera la vie en le découvrant en train d’agoniser dans un champ. Miraculé.
Jusque-là, la cour avait vainement tenté de faire parler des témoins au mieux retors, au pire, terrorisés par les hommes dans le box et ceux en cavale. Pour dépeindre ce moment pénible, ouvrir deux douzaines d’huîtres avec un couteau à beurre en silicone relève en comparaison d’un jeu d’enfant. Mohamed Z., lui, ne mâche pas ses mots. Il place les accusés dans la voiture, aux abords ou dans l’appartement. En dédouane plus ou moins certains. En charge d’autres.
« Ceux qui ont carotté leur patron sont dans ce box »
S’il n’a jamais carotté ces stups comme il l’affirme, quel serait le mobile de son enlèvement supposément commandité depuis l’Espagne par un dénommé Chico ? « Je me suis demandé pourquoi me faire subir tant de violences. S’ils avaient simplement voulu savoir où était la marchandise, il leur suffisait de mettre mon sexe dans le sécateur que j’ai vu sur place, ça aurait été très efficace, je pense. Ils ne voulaient pas que je parle en fait. Je crois plutôt qu’ils avaient eux-mêmes carotté leur patron. Et que ceux qui ont fait ça sont dans le box ». Il désigne nommément deux d’entre eux. Les exposant à ce qu’il a subi.
Mohamed Z. fomente-t-il une vengeance au nom de certaines inimitiés passées, comme certains avocats de la défense semblent le suggérer ? Les conclusions radicales de son enquête personnelle ont-elles un quelconque fondement ? Il reste quatre jours à la cour présidée par Valérie Noël pour se faire sa religion.















