À Bagnères-de-Luchon, en Haute-Garonne, au sud de Toulouse, l’avenir d’un aérodrome construit en 1955 est-il vraiment menacé de disparaître prochainement ? Son président, Noël Bravo, ne cache pas sa crainte alors que plus de cinquante logements sortent de terre aux abords de la piste. L’activité a déjà été réduite et l’aéroclub craint fortement une difficile cohabitation avec ses nouveaux voisins.
À peine atterri, et arrêté sous une immense grue de chantier, Noël Bravo, président de l’aérodrome de Bagnères-de-Luchon, sort du cockpit et saisit son portable. La photo est prise. L’image est bien cadrée sur une grue derrière laquelle des logements sont en construction. Elle servira à alimenter un dossier ouvert cet été et déjà en train de devenir un vrai combat. À une centaine de mètres de la piste, cinquante-quatre logements poussent un peu plus chaque jour. Issus d’un permis de construire délivré avant l’arrivée aux commandes, en mars dernier, du maire socialiste Sébastien Denard, ils ont également été approuvés par la Direction de la Sécurité de l’Aviation Civile Sud de Blagnac (DSAC). Et permis au promoteur Inli de lancer son programme dans les règles. Mais Noël Bravo, lui, y voit un scénario moins glorieux : « La mort programmée de l’aérodrome, pour diverses raisons ».
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Et d’enfoncer le clou. Selon lui, ces logements ne respecteraient pas « le Plan de Servitude Aéronautique ! » Ils dépasseraient la hauteur légale « de cinq mètres ». « Il sera bientôt dangereux de voler ici, et même totalement impossible, par certains vents, de faire décoller les planeurs », dit-il, « imaginez-vous une seule seconde décoller rue Alsace à Toulouse. Le pire, c’est que les autorisations ont toutes été signées. »
« On est peut-être déjà mort »
Mais pour ce retraité du ministère de la Jeunesse et des Sports qui a formé des dizaines de pilotes et de formateurs, les répercussions de ces constructions seraient plus importantes encore : « On attire des pilotes de Toulouse mais aussi de Paris. On ne peut plus les exposer au danger des grues. Tout comme les parapentistes sont parfois obligés d’atterrir sur la piste ! Il sont onze professionnels sur Luchon… »
Le président de l’aérodrome est pour le moins pessimiste quant à l’avenir : « Comment vont réagir les habitants quand ils découvriront les soixante-dix à quatre-vingts vols par jour en haute saison ? Qui nous dit qu’on ne va pas se servir de la piste comme d’un terrain de foot ? Qui devra assumer s’il y a un accident ? Le maire et moi bien entendu ! Je pense tout simplement qu’on veut fermer l’aérodrome pour construire encore plus de logements. Notre mission est pourtant humaine : on enseigne ici les vraies valeurs de pilotes, on forme des jeunes, on les soutient, on porte une activité de loisirs mais aussi touristique et économique. Ce club est né en 1955. Il a deux cents adhérents, deux avions, deux ULM, douze planeurs… mais il est peut-être déjà mort »…
« Un attachement profond à l’aérodrome »
Le dossier n’a évidemment pas échappé à la municipalité qui, obligée de faire avec ce délicat héritage, a déjà tenté de négocier pour revoir le projet. En vain. Aucun recours sur le permis n’ayant été fait dans les temps, Sébastien Denard doit désormais composer avec ce programme tout en rassurant sur son « attachement profond à l’aérodrome ». « J’ai la chance d’avoir Noël Bravo et son équipe pour faire vivre ce site et envisager des projets liés à la stratégie zéro carbone avec, par exemple, le développement des avions électriques. Il faut absolument préserver cet aérodrome également pour la sécurité et les urgences en montagne ».
Interrogé, le promoteur Inli n’est donc pas en dehors des clous. À l’issue d’un deuxième permis de réaménager, il a même, dit-il, « perdu de la surface totale de logements en réduisant son programme ». Son secrétaire général pour la région Sud-Ouest, Christophe Duqueroix, en profite pour rappeler que la société « est venue à Luchon parce qu’on a fait appel à [elle] dans une démarche de soutien à l’économie locale, aux thermes, aux transports, aux remontées mécaniques, à l’hôtellerie, à l’aérodrome… »
Et d’insister : « Nous avons respecté au mot près absolument toutes les obligations dont celles de la Direction de la Sécurité de l’Aviation Civile Sud de Blagnac. » La DSAC, qui serait à l’origine de la hauteur d’immeuble inadaptée dénoncée par Noël Bravo, n’a pas répondu aux sollicitations de La Dépêche. Quelles que soient ses explications, l’aérodrome devra désormais composer avec ses nouveaux voisins, avec des craintes, certes, mais aussi l’espoir que la cohabitation se fasse… sans turbulences.
















