Chantiers inachevés, installations défectueuses, sommes non remboursées… Plusieurs clients du Toulousain Killian Martin dénoncent leurs difficultés à obtenir réparation, alors que sa dernière entreprise a été placée en liquidation judiciaire en avril.
Pascal Pelique est en colère. Cet habitant de Marseillan, dans l’Hérault, affirme que Killian Martin lui doit plus de 20 000 euros pour une installation photovoltaïque qui n’a jamais fonctionné. Chantiers inachevés, installations défectueuses, acomptes versés sans que les travaux soient réalisés : les clients de ce Toulousain de 36 ans sont nombreux à dénoncer leurs déboires. En avril dernier, sa dernière entreprise, Solaire de France, a été placée en liquidation judiciaire.
Comme de nombreux autres clients lésés, Pascal Pelique déplore aujourd’hui les difficultés à obtenir réparation.
« L’installation était défaillante dès le début. Par exemple, la pièce qui transforme l’énergie solaire en électricité était sous-dimensionnée. Résultat, l’installation chauffait énormément. J’étais obligé de tout arrêter entre 10 h 30 et 16 heures, c’est-à-dire justement quand elle était censée produire le plus ! Au lieu de mettre une vraie batterie, il avait juste mis un module de transfert. C’était non conforme, potentiellement dangereux, avec un risque d’incendie », témoigne-t-il.
Pascal Pelique a déposé plainte. Mais après un an et demi, il a appris que sa plainte avait été classée sans suite, les faits n’ayant pu être suffisamment établis. « Aucune question concrète ne m’a été posée, alors que j’avais découvert d’autres éléments. On ne m’a jamais rappelé, jamais demandé plus d’infos. Franchement, je ne sais pas ce qu’il lui faut de plus. Il y a un faux document administratif (le certificat RGE, NDLR), du dol (vice du consentement, NDLR), l’installation ne correspondait pas au contrat et d’autres victimes s’étaient déjà manifestées », déplore-t-il.
Il aurait pu relancer une procédure avec un nouvel avocat, mais y a renoncé. « Ça voulait dire repartir pour cinq ans, alors que l’entreprise n’est plus solvable et que le juge trouve déjà qu’il n’y a pas matière. J’ai laissé tomber. Ce n’est pas dans ma nature, mais j’ai l’impression d’être face à un mur. On ne protège pas les victimes, on leur complique juste la vie », lance-t-il, amer.
Des démarches décourageantes
D’autres victimes ont également renoncé à récupérer les sommes qui leur restent dues, malgré les démarches déjà entreprises. Après avoir fait appel à l’animateur Julien Courbet, Maryse, habitante de l’Ariège, a obtenu le remboursement de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais Killian Martin lui doit encore 6 000 euros, qu’elle préfère ne plus chercher à récupérer. « Il a déménagé, il a fermé sa boutique, donc pour moi, à part espérer un miracle, il n’y avait plus vraiment d’espoir. C’est compliqué d’engager quoi que ce soit si on ne sait même plus où il est. On sent bien que tout est fait pour qu’on abandonne. »
Pascal et Pascale Huguet éprouvent la même amertume, même si la somme en jeu est moins importante. Ils affirment que Killian Martin leur doit 1 600 euros pour une pompe à chaleur jamais installée. « On avait déposé une plainte à la gendarmerie, mais elle n’a pas abouti. Pourtant, il y avait eu un vol. Le gars savait pertinemment qu’il ne la poserait jamais ! En plus, la batterie qu’il nous avait vendue n’était pas du tout conforme ! On a fait tout ce qu’il fallait et personne n’a suivi. Le gars continue ses arnaques, les plaintes n’aboutissent pas, et on reste avec nos économies envolées. Voilà où on en est. »
Des installations difficiles à faire reprendre
Pour certaines victimes, les démarches ont permis de faire réparer ou compléter les installations par d’autres entreprises. D’autres sont toujours en procédure et préfèrent ne pas intervenir sur les équipements concernés. C’est le cas d’une habitante des Pyrénées-Orientales, qui souhaite rester anonyme. Selon elle, un expert a estimé à plus de 30 000 euros le coût de la reprise de son installation.
« Ce n’est pas classé sans suite. Seulement, comme il s’est mis en liquidation, tout a été remonté au liquidateur. Pareil pour son frère, qui était aussi impliqué et qui est lui aussi en liquidation. Cette histoire me retourne le cerveau, et j’y crois de moins en moins. On continue la procédure, mais on n’attend plus grand-chose », confie-t-elle.
Elle espère pouvoir un jour faire reprendre son installation par une entreprise compétente. Mais, pour l’instant, aucune ne veut intervenir. « Ceux qui acceptent font des devis très élevés, car ils engagent leur garantie décennale sur un chantier réalisé n’importe comment. »
Au-delà des sommes perdues, les victimes dénoncent une double peine : des années de démarches et des installations qu’elles peinent à faire réparer. « Il faudrait que ces pratiques soient enfin sanctionnées, mais pour l’instant, on attend et on subit. »













