Ipsophène veut produire à Toulouse le principe actif du paracétamol, aujourd’hui largement importé d’Asie. Un projet industriel installé à proximité de l’ancien site d’AZF, qui entend répondre aux enjeux de souveraineté nationale et de réduction de l’impact environnemental.
Le projet d’Ipsophène prévoit l’installation d’une unité de production de principe actif du paracétamol sur un site industriel toulousain. Le projet doit notamment permettre de relocaliser en Europe une production aujourd’hui essentiellement réalisée en Asie. Mais, 25 ans après la catastrophe d’AZF, l’implantation d’une nouvelle activité chimique à Toulouse soulève nécessairement des questions sur la sécurité. Jean Boher, le président d’Ipsophène, revient sur le projet, ses risques et ses débouchés.
ICI Occitanie : Vous ambitionnez de fabriquer du paracétamol, le principe actif, alors qu’il n’existe actuellement aucune entreprise en Europe. Pourquoi avoir choisi Toulouse pour ce projet ?
D’abord, je suis Toulousain, et il y avait une belle opportunité avec un site industriel d’exception et de très grande qualité en termes de sécurité au niveau de la chimie : le site d’ArianeGroup, sur lequel il y avait un bâtiment pharmaceutique disponible. Et aussi, bien entendu, compte tenu du fait que nous relocalisons toute une filière, la proximité d’UPSA à Agen, qui est aussi un partenaire et un de nos actionnaires. Donc, cela permettait vraiment d’avoir une production locale.
Mais installer une nouvelle activité chimique à Toulouse, 25 ans après AZF, à moins d’un kilomètre des anciens locaux d’AZF, cela vous oblige forcément à être particulièrement rassurant avec la population.
Alors déjà, on ne peut envisager de réindustrialiser et de relocaliser des productions chimiques qu’à la seule condition que l’on mette en œuvre des procédés innovants et de l’industrie verte. On ne peut pas produire du paracétamol comme ça se faisait avant. On peut produire du paracétamol et le relocaliser parce qu’on va mettre en place des procédés excessivement sécuritaires et des procédés qui vont être totalement écoresponsables. On ne parle plus de ce qui a pu être… Il faut arrêter de faire ces comparaisons, c’est totalement différent.
Votre site sera quand même classé Seveso seuil bas, avec des tonnes de phénol et de nitrite de sodium. Vous avez dû faire évaluer les risques concrètement. Dans le scénario accidentel le plus grave, qu’est-ce qui se passe ?
La zone d’effet réellement dite grave, c’est-à-dire où on peut avoir encore des blessés, est à 155 mètres du site, dans un diamètre de 155 mètres. La première maison est à 185 mètres. Donc aujourd’hui, justement, on peut se permettre de réindustrialiser, de relocaliser et d’utiliser ce site parce qu’il ne peut pas y avoir d’impact. Et c’est fondamental, en tant que Toulousains, nous aussi, on a vécu cette catastrophe et on y est très sensibles.
Sur le projet en lui-même, donc, pour être très clair, vous ne fabriquerez pas directement le Doliprane. Qu’est-ce qui sortira de la future usine ?
Doliprane, il faut arrêter d’en parler parce que c’est comme un frigidaire, finalement. On va produire le principe actif du paracétamol, qui sera en poudre, en big bag de 600 kilos ou en petits containers, et ce sont les laboratoires pharmaceutiques, tels qu’UPSA à Agen, qui fabriqueront leurs médicaments à partir de cette poudre de paracétamol, qui est le principe actif.
C’est quand même un pari un peu fou quand on sait qu’actuellement on importe d’Asie, que ça coûte moins cher. Vous me disiez 30 à 40 % moins cher, vous y croyez ?
Totalement, parce que le prix est très fluctuant. La semaine dernière, lorsque nous avons échangé un petit peu, c’était 30 à 40 %. Aujourd’hui, c’est entre 15 et 20 %. Et il y a un impact environnemental absolument énorme.
Il y a une question de souveraineté aussi ?
Il y a une question de souveraineté. Mais puisqu’on parle de prix, aujourd’hui, produire en Chine, c’est énormément polluant, parce que c’est produit par des procédés qui sont anciens, dangereux d’ailleurs et très polluants. Pour chaque kilo de produit, c’est entre 120 et 150 kilos de déchets très polluants. C’est-à-dire que chaque gramme que vous prenez le matin, c’est entre 120 et 150 grammes de déchets. C’est énorme. Avec notre procédé, on va être à peine à 6 grammes.
Beaucoup moins, mais qui va accepter de payer plus cher ? Est-ce que vous avez déjà des contrats signés pour votre futur projet de 2028 ?
Nous avons déjà des contrats signés, à peu près la moitié de notre capacité de production, qui sera de 4 000 tonnes. Et donc oui, il y a plein de laboratoires qui sont prêts, pour une partie de leur production, à payer un peu plus cher pour être sûrs et certains d’être livrés, quels que soient les aléas géopolitiques. Et aujourd’hui, ils sont nombreux. Les crises aussi. Et puis ils sont sensibilisés à la problématique environnementale et souhaitent aussi réduire, grâce à nous, leur impact environnemental.
Le projet Ipsophène prévu pour 2028 à Toulouse, c’est plus de 40 millions d’euros d’investissement, dont 3,6 millions d’euros d’aide de l’État dans le cadre de France 2030, des aides de la Région aussi, pour pouvoir fournir à la France en cas de crise du paracétamol. À la clé, il y aura aussi une quarantaine d’emplois directs pour faire tourner les lignes de production automatisées.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555












