À Béziers, le Domaine de Bayssan pèse lourd dans les finances du Département de l’Hérault selon la Chambre régionale des comptes Occitanie. Dans son rapport, elle pointe le coût du site au regard de sa fréquentation et questionne la viabilité de son modèle actuel.
Le Domaine de Bayssan est un lieu phare de la culture héraultaise. Mais, au regard de son niveau d’activité, la Chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie estime qu’il coûte cher, trop cher, au Département de l’Hérault. Dans son contrôle consacré au site du Biterrois, la juridiction financière s’est penchée sur la comptabilité et la gestion du Conseil départemental (propriétaire) et de l’établissement public administratif Hérault Culture, son exploitant. Sont mises en regard les sommes engagées par la collectivité et l’utilisation des équipements.
La facture est d’abord celle des investissements. Théâtre, amphithéâtre, restaurant et bâtiments historiques ont été concernés par une importante opération de transformation, achevée pour sa première phase en 2021. Une deuxième phase, consacrée aux infrastructures de loisirs, a depuis été suspendue dans un contexte de contraintes budgétaires. Pour l’ensemble de la période 2019-2025, la CRC chiffre à « près de 48 millions d’euros » les investissements réalisés par le Département sur le Domaine, en incluant notamment la maintenance et les équipements courants.
Mais les travaux ne constituent qu’une partie de la dépense publique. Le fonctionnement du site représente lui aussi plusieurs millions d’euros. Entre 2020 et 2024, la Chambre indique que « le Domaine de Bayssan aura pesé sur les finances du département pour près de 3 millions d’euros par an ».
Une dépense difficile à soutenir face à une faible fréquentation
C’est précisément ce rapport entre le coût du Domaine et son activité culturelle (la principale) qui interpelle la CRC. Malgré les nouveaux équipements, la fréquentation annuelle demeure « sous les 20 000 spectateurs », en dehors de 2021, année des inaugurations. Le nombre de représentations a par ailleurs diminué au fil des années.
Le taux de remplissage donne une image plus favorable : « Le rapport d’activité présenté au conseil d’administration de l’établissement et à la commission consultative des services publics locaux du département, font état de taux de remplissage honorables, à hauteur de 63% pour l’année 2023, et de 73% pour l’année 2024 », relaye la Chambre régionale des comptes.
Mais ces pourcentages sont calculés à partir de jauges définies pour chaque spectacle. Elles peuvent être inférieures à la capacité réelle des salles, notamment pour des raisons techniques. L’amphithéâtre concentre cette problématique. Il dispose de 1 444 places, mais la jauge moyenne ne s’élevait qu’à 809 en 2023 et 628 en 2024. Autrement dit, même lorsque les taux de remplissage apparaissent corrects, une partie importante du potentiel d’accueil reste inutilisée.
Le festival “Les Nuits de Bayssan“ illustre également les difficultés rencontrées. Après avoir réuni près de 5 200 personnes lors de huit représentations en 2023, l’événement a vu sa fréquentation divisée par deux en 2024. Trois des quatre spectacles de cette édition ont attiré moins de 500 spectateurs.
Des activités annexes qui creusent aussi les dépenses
Le Domaine ne se résume toutefois pas à son offre culturelle. Restaurant, médiathèque, résidence d’artistes, espaces de réunion et mises à disposition des salles participent à son fonctionnement. Or, ces activités ne permettent pas toutes de générer des recettes à la hauteur des moyens mobilisés. « Le restaurant du domaine peine à se développer. S’agissant de la médiathèque, elle est un service départemental obligatoire agissant à côté d’Hérault Culture bien qu’ayant une mission pouvant s’accorder avec la sienne. Quant à l’activité de mise à disposition de salles qui mobilise beaucoup de moyens, le processus décisionnaire d’attribution des salles est défaillant », résume le rapport.
En 2023 et 2024, la CRC comptabilise plus de « 60 événements par an » ayant bénéficié d’une mise à disposition gratuite des espaces, pas toujours justifiées légalement. Les locations payantes étaient nettement moins nombreuses : 12 en 2023 et 25 en 2024. La Chambre évalue le déficit de ces activités de location et de mise à disposition à « 0,2 M€ par an » sur les deux exercices. Hérault Culture a depuis revu ses tarifs. Les recettes sont montées à 70 000 euros en 2025, avec un objectif de 100 000 euros à court terme.
Le rapport relève en revanche que « le résultat de l’établissement reste à l’équilibre, mais c’est essentiellement en raison de réserves financières accumulées pendant la crise sanitaire ». La pérennité du Domaine de Bayssan, dont la mission première est l’accès à la culture à des tarifs adaptés, est essentiellement assurée par les subventions publiques du Département, qui ne cessent de baisser. « Cette dépendance à la collectivité se traduit désormais par une grande vulnérabilité », estime la CRC.
Un avenir à repenser
« Avec des ressources contraintes, des charges fixes encore lourdes, une offre artistique en baisse et une fréquentation faible, le modèle économique du Domaine de Bayssan, qui repose sur de gros investissements sous-utilisés, apparaît compromis s’il n’évolue pas », conclue le rapport de la Chambre.
« Car, si toutes ces activités peuvent être rattachées par un biais ou par un autre aux champs de l’artistique et/ou du culturel, leur assemblage sans liens évidents, si ce n’est l’opportunité de faire vivre un lieu, semble finalement constituer un frein à leur développement, la vocation du site n’étant pas clairement identifiable par le grand public », estime la juridiction financière, pour qui l’enjeu est désormais de revoir le fonctionnement du Domaine. De nouvelles formes de coproduction sont prévues pour la saison 2026, mais les questions du financement, de la gouvernance et du positionnement du site restent ouvertes.




















