Jugé en comparution immédiate ce jeudi à Toulouse, Abdelkader, 47 ans, a reconnu avoir perdu le contrôle après un différend autour de son fils scolarisé au Fauga. Il a été condamné à six mois de prison ferme avec mandat de dépôt, après avoir menacé une institutrice en évoquant une décapitation.
Chemise bleu ciel légèrement froissée, visage rasé de près, cheveux poivre et sel rabattus sur le côté, Abdelkader, les bras croisés, attend son tour sur l’un des bancs du tribunal correctionnel de Toulouse. À 47 ans, ce père de trois enfants, installé au Fauga, doit répondre de quelques minutes de colère qui ont bouleversé une école entière.
Ce jeudi, le président prévient d’emblée : les faits sont « d’une gravité certaine ». Le 4 septembre, à la sortie des classes de l’école Clément-Ader, une professeure des écoles de 58 ans rejoint sa voiture lorsqu’Abdelkader l’interpelle. La veille, son fils de 9 ans, puni dans une autre classe, avait été envoyé dans la sienne. En le voyant repartir en souriant, l’enseignante lui aurait lancé de ne « pas jouer au petit caïd ».
Le lendemain, lorsqu’il croise l’institutrice sur le parking, il lui demande des comptes. Selon l’enseignante, le ton monte immédiatement. Il lui reproche d’avoir terrorisé son fils, la tutoie et menace : « Je vais te couper la tête. » Inquiète, elle regagne l’enceinte de l’école. Le père de famille la suit avec son épouse. Dans le bureau de la directrice, les éclats de voix continuent. Il se frappe la poitrine, répète ses reproches, réitère ses menaces. Une Atsem dira avoir entendu distinctement la menace de décapitation.
« Vous vous rendez compte de la violence ? »
Il aurait aussi évoqué son fils revenant un jour avec un couteau pour « planter » une enseignante. À la barre, il le nie. Il conteste aussi avoir menacé la professeure sur le parking. Mais reconnaît avoir dit, dans l’école : « Si tu étais un homme, je t’aurais coupé la tête. »
« Vous vous rendez compte de la violence ? », demande le président. « Je me rends compte », répond le prévenu. Le magistrat rappelle alors le contexte : « S’ils ont bien été tenus, ces propos sont inquiétants au regard d’une actualité qui reste dans l’esprit des Français avec l’affaire Samuel Paty. »
Abdelkader tente d’expliquer son emportement. « Je suis très protecteur de mes enfants », dit-il. Bénéficiaire du RSA et associé dans un établissement de restauration, il assure ne pas être « une personne violente normalement ». Son casier compte cinq condamnations, aucune pour des faits de violence. « Je ne suis pas fier de moi. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé ce jour-là », regrette-t-il.
Le président le renvoie à son fils : « Vous le soutenez mal. Comment lui expliquez-vous tout ça ? Ça va le suivre. C’est contre-productif dans l’intérêt de votre enfant. » Il l’interroge aussi sur le sens de la formule « si tu étais un homme », une lecture sexiste ou religieuse que la défense contestera.
Six mois de prison ferme
L’institutrice n’est pas dans la salle. En arrêt de travail pour un mois, elle vit provisoirement chez son fils. Son avocat, Me Jocelyn Momasso-Momasso, décrit une femme profondément marquée. « Cela fait des années que je défends des professeurs. Ce dossier est l’un des plus graves », affirme-t-il. « Ce n’est pas n’importe quelle menace. Il sait à qui il s’adresse, il connaît les cicatrices d’octobre 2020 », plaide-t-il. Sa cliente veut être reconnue comme victime et pouvoir « retourner dans son école sans avoir peur ».
Le procureur insiste sur les dégâts causés par cet accès de colère. « Quelle rentrée scolaire pour cette institutrice. Et pour le fils de ce monsieur qui se retrouve dans la tourmente médiatique. » Le père, poursuit-il, « a troublé la paix » et mis son fils dans l’embarras. Six mois de prison sous bracelet électronique sont requis.
Me Majouba Saihi demande au tribunal de ne pas faire de ce dossier « ce qu’il n’est pas ». Son client, dit-elle, avait un rendez-vous avec la directrice ce jour-là. Il était venu pour discuter d’une punition et « a vrillé ». Elle reconnaît la gravité des faits, mais insiste sur ses regrets : « On peut commettre ces faits sans être quelqu’un de dangereux. » Elle plaide pour un travail d’intérêt général.
Les juges vont plus loin que les réquisitions du parquet. Le père de famille est reconnu coupable et condamné à six mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Il devra aussi effectuer un stage de citoyenneté et ne pourra paraître dans les locaux de l’école pendant trois ans.















