Dans les Pyrénées-Orientales, la gestion de l’eau potable de la communauté de communes Agly Fenouillèdes est pointée du doigt par la Chambre régionale des comptes Occitanie. Réseau vieillissant, fuites importantes, qualité inégale et besoins d’investissements lourds : le service est sous tension.
La gestion de l’eau potable dans la communauté de communes Agly Fenouillèdes, au Nord-Ouest des Pyrénées-Orientales, fait l’objet d’un contrôle de la Chambre régionale des comptes Occitanie. Dans ce territoire rural de 24 communes et environ 6 300 habitants, l’eau du robinet apparaît comme un service essentiel mais confronté à de fortes contraintes techniques, financières et sanitaires.
Avec un réseau très étendu sur plus de 300 km² et une faible densité de population, la collectivité doit entretenir des infrastructures coûteuses au regard du nombre d’usagers. Cette configuration complique la gestion quotidienne et le renouvellement des équipements.
Des infrastructures vieillissantes
Le rapport souligne d’abord un point critique : les pertes d’eau atteignent environ 61%, un niveau très supérieur à la moyenne nationale. Concrètement, cela représente l’équivalent de la consommation annuelle de près de 8 000 habitants perdue dans les réseaux.
Cette situation s’explique en partie par une connaissance encore incomplète du patrimoine. De nombreuses canalisations ne sont pas précisément référencées (âge, matériaux), ce qui limite la capacité à planifier les travaux. La Chambre relève également l’absence de schéma directeur global et de programmation pluriannuelle d’investissements, alors que le réseau est jugé vieillissant.
Une qualité de l’eau très inégale selon les secteurs
Sur le plan sanitaire, le rapport 2024 indique un taux de conformité de 95,7% pour les analyses microbiologiques, mais seulement de 79,6% pour les paramètres physico-chimiques, traduisant des écarts selon les zones.
Trois captages sont classés prioritaires au titre du schéma directeur Rhône-Méditerranée en raison de leur vulnérabilité aux pollutions agricoles (nitrates, pesticides). Depuis 2020, une convention avec le syndicat mixte du bassin versant de l’Agly (SMBVA) a permis des actions de sensibilisation agricole sur le captage de Latour-Montner, visant à réduire les intrants et limiter les pollutions. Les deux autres captages ne bénéficient pas du même niveau de suivi. Selon l’Agence régionale de santé, la présence de pesticides tend à reculer, mais reste un sujet de vigilance.
En revanche, certaines communes restent durablement concernées par des dépassements liés aux sulfates. À Maury et Saint-Paul-de-Fenouillet, l’eau dépasse régulièrement les seuils de qualité et sa consommation est déconseillée. La population est informée par affichage en mairie, sans qu’une solution de traitement n’ait encore été mise en œuvre, malgré un projet de station de traitement identifié depuis 2020.
Des besoins financiers importants
Le transfert de la compétence eau à la communauté de communes, décidé en 2020, s’est déroulé dans un contexte de crise sanitaire puis de sécheresse marquée dans la vallée de l’Agly. Le mode de gestion retenu, combinant régie communautaire et intervention de communes pour l’exploitation quotidienne, n’a pas permis une organisation pleinement stabilisée.
Sur le plan financier, la situation reste sous tension. Si la dette a été reprise par l’intercommunalité, la hausse des charges d’exploitation (énergie, réparations de fuites) et des modalités de transfert des excédents jugées partielles ont fragilisé l’équilibre du service.
Le prix de l’eau a été harmonisé en 2024, passant de 1,79€ HT/m³ en 2019 à 2,61€ HT/m³ (+45,8%). Malgré cette hausse, les recettes ne suffisent pas à couvrir les besoins.
La Chambre régionale des comptes estime les investissements nécessaires entre 8,5 et 25 millions d’euros pour renouveler les canalisations les plus anciennes et celles dont la date de pose est inconnue. L’une des solutions avancées pour en assurer le financement serait « la progression de l’abonnement pour l’usager ». Elle souligne enfin la nécessité d’améliorer la connaissance du réseau et de programmer les travaux indispensables, alors qu’une part importante de la population n’accède pas en permanence à une eau conforme aux références de qualité de l’ARS.










