Nidhel Gheziel, mère de deux enfants nés en Syrie, est jugée les 19 et 20 octobre devant la cour d’assises spéciale de Paris pour « association de malfaiteurs terroriste ». Cette Toulousaine qui fréquentait la mosquée de Basso-Cambo, au Mirail, était partie juste après l’instauration du califat, en Syrie, en août 2014. Expulsée de Turquie vers la France, en 2022, elle assure n’avoir jamais adhéré à l’idéologie de l’État islamique.
Sept ans après la chute du califat, régime politique instauré entre 2014 et 2019 par l’organisation terroriste de l’État islamique, sur un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak, la justice française n’en a pas fini avec ses « revenants » de retour du jihad.
Faut-il les considérer comme des terroristes en puissance susceptibles de commettre des attentats en France ? Ou, au contraire, adhérer à leur récit empreint de rédemption et justifiant leur retour en France pour fuir les horreurs de la guerre et des violences commises par l’EI auquel ils n’auraient jamais adhéré ? Ces questions vont à nouveau se poser dans quelques jours devant la cour d’assises spéciale de Paris.
Nidhel Gheziel, une Franco-Algérienne de 38 ans, un temps établie dans le quartier du Mirail, à Toulouse, est jugée les 19 et 20 octobre 2026, pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes ». Elle encourt jusqu’à trente ans de réclusion criminelle.
Avec cette jeune femme, mère de deux enfants nés sur le sol syrien durant son séjour, de 2014 à 2019, c’est toute la mouvance radicale toulousaine qui refait surface. Les Essid, Clain, Barnouin, Megherbi et tout leur entourage proche de la filière albigeoise et de sa principale figure Gaël Maurize, ont en effet croisé la route de Nidhel Gheziel dont le parcours ressemble en tout point à celui de dizaines de Françaises de confession musulmane parties en Syrie pour, assurent-elles, « vivre pleinement notre religion ». Mais passés les premiers mois, voire les premières années au cœur du chaos, la désillusion est totale.
« J’ai vu des morts sur les routes »
À Toulouse, après une licence de droit, Nidhel Gheziel se trouve sous l’influence d’une autre femme radicalisée qui fréquente la mosquée de Basso-Cambo, au Mirail. Elle lui montre des vidéos sur le jihad et la convainc de partir en Syrie. C’est en août 2014 que la jeune femme, isolée, ayant des troubles psychiatriques, fait le grand saut pour la Syrie, via Istanbul et Gaziantep au sud de la Turquie. Entre 2014 et 2017, Nidhel Gheziel est basée dans une « madafa », un foyer pour jeunes femmes seules ou veuves, à Tabqa, Raqqa et dans la région de Deir ez-Zor, sur les bords de l’Euphrate.
Elle assure la logistique pour les combattants de l’EI et se marie religieusement avec le frère de Mohamed Megherbi, figure toulousaine du jihad. « Un mariage forcé« , dit-elle, avec cet homme qui est infirmier pour l’EI et avec lequel elle aura deux enfants. Un homme qui a fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.
Volonté de réinsertion
Elle dit avoir vu des morts sur les routes. Sur les attaques terroristes commises en France et revendiquées par les frères Clain, depuis la Syrie, « je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait des attentats par la suite« , assure-t-elle, devant les juges d’instruction. Son départ pour la Syrie ? « J’y suis allée pour être plus à l’aise financièrement, comme on part dans un pays arabe. On m’a enjolivé la vérité« .
Elle parvient à fuir la Syrie après 2019, munie de faux papiers et grâce au financement de ses proches inquiets de sa situation. En Turquie, elle est contrôlée puis arrêtée en 2022 avant d’être expulsée vers la France avec ses deux enfants en bas âge pris en charge par les services sociaux. Ils sont aujourd’hui âgés de neuf et dix ans.
Placée en détention provisoire, elle se défend d’avoir appartenu à tout réseau de combattants islamistes. Les juges estiment qu’elle est partie en août 2014, après l’instauration du califat (juin 2014), et qu’elle ne pouvait l’ignorer. Selon eux, elle n’a pas rejoint la Syrie sans adhérer à l’idéologie jihadiste. Son mari était membre de l’EI et fréquentait la mouvance toulousaine.
Lors de son procès, ses avocats toulousains, Alexandre Martin et Emmanuelle Franck, notamment, tenteront de démontrer sa volonté de réinsertion.














