La manifestation contre la vie chère du samedi 17 octobre a eu des suites judiciaires dès le lundi suivant. 7 jeunes hommes, âgés de 18 à 28 ans étaient appelés à la barre en comparution immédiate au tribunal judiciaire de Toulouse. Un seul a été jugé. Et condamné.
La manif historique du 17 octobre à Toulouse a été émaillée de heurts avec les forces de l’ordre, de vandalisme et de pillage en marge du cortège, entraînant des conséquences judiciaires dès le 19 octobre. 7 jeunes hommes, âgés de 18 à 28 ans étaient appelés à la barre, en comparution immédiate, au tribunal judiciaire.
« Ce sont des camarades de lutte, ils méritent notre solidarité » rapporte Virgile, étudiant au Mirail
Pour soutenir les prévenus, une cinquantaine de personnes étaient présentes, devant le palais de justice et dans la salle des pas perdus. Parmi ces soutiens, Virgile, étudiant en communication au Mirail, il explique les raisons de son soutien : « Ce sont des camarades de lutte, ç’aurait pu être nous, en fuyant là-bas, dans une petite rue, qui nous faisions choper à leur place. Ils méritent totalement notre solidarité, même si on les connaît pas, on ne les abandonne pas.«
Un jeune homme de 18 ans condamné à 1 an de prison avec sursis pour jet de cocktail molotov, il avait jusque-là un casier vierge
Les prévenus de ce lundi n’étaient pas des pilleurs. Trois des jeunes hommes qui ont comparu étaient poursuivis pour violences sur les forces de l’ordre en marge du cortège, quatre pour avoir envahi la voie ferrée le matin de la mobilisation contre la vie chère. La plupart ont vu leur procès renvoyé, au 10 décembre et au 5 janvier.
Un seul a été jugé, il s’agit d’un jeune de 18 ans, au casier judiciaire vierge, originaire de Brive, récemment arrivé sur Toulouse, hébergé chez une amie. Il n’arrive pas à financer ses études et c’est ce qui l’a poussé à venir manifester contre la vie chère.
Très intimidé, il vient de sortir des geôles du commissariat, après une garde à vue. Sweat à capuche gris, il s’excuse devant le juge, pour le cocktail molotov qui a atterri, sans exploser, à 2 mètres d’un policier. Il affirme que ce n’est pas lui qui l’a préparé, ni enflammé, ni apporté. Ce jeune, majeur depuis 6 mois, assure qu’on lui a mis un cocktail molotov dans la main, qu’il essayait juste de s’en débarrasser, qu’en aucun cas il n’a cherché à viser les forces de l’ordre. Le ministère public y voit « une violence particulièrement grave » et requiert 18 mois de prison avec mandat de dépôt. Le délibéré tombe une dizaine de minutes plus tard : 1 an de prison avec sursis assorti d’un suivi socio-judiciaire pendant 2 ans, 140h de travaux d’intérêt général (l’équivalent 1 mois travail), privation du droit de vote pendant 3 ans, 700€ de dommages et intérêts à verser au policier et 600€ d’amende.
« Atteinte aux forces de l’ordre = comparution immédiate, c’est un mauvais choix » estime l’avocate d’un des prévenus
A la sortie de l’audience, l’avocate Me Claire Macario trouve que la peine de son client est lourde, au regard de son casier judiciaire vierge : « Je pense que la comparution immédiate est une réponse pénale forte, et c’est tant mieux, j’imagine que c’est ce qu’il faut pour certains délinquants que nous avons vu dans nos rues samedi. Je ne suis pas une oie blanche. Il y a des gens qui ont fait des choses inadmissibles ce week-end, des gens qui ont l’habitude de faire du gazage et d’entraîner avec eux des jeunes. Que la réponse pénale soit brutale et forte pour ces gens là, ça ne me pose aucune difficulté. Mais d’habitude, en comparution immédiate, on voit des gens qui ont un casier judiciaire. Là, aujourd’hui, c’est quand même le troisième qui a un casier judiciaire vierge*. La politique pénale du parquet, c’est : atteinte aux forces de l’ordre, comparution immédiate. Je trouve que c’est un mauvais choix. »
Des gardes à vue qui « ressemblent à l’Enfer » rapporte une avocate de la défense
Me Claire Macario a par ailleurs dénoncé les conditions de garde à vue de ce jeune et des autres, encore plus jeunes, qu’elle a été amenée à assister : « Je pense que ça ressemblait à l’Enfer. Ce week-end, j’ai assisté deux mineurs, âgés de quinze ans et treize ans. Les geôles pour un adulte normal comme vous et moi, ça sent l’urine, il y a des cris, ça tape aux portes. Même si les gens sont polis, c’est la politesse minimale. J’ai assisté des ados, leur préoccupation, c’est la bouffe était pas bonne et j’ai rien mangé depuis deux jours. »
Les suites judiciaires données aux gardes à vue des mineurs ne sont pas encore connues par l’avocate, mais souvent dit-elle, il y a des alternatives aux poursuites.
Il y a eu au total près de 130 interpellations à Toulouse : samedi 17 octobre, ainsi que lors de nouveaux affrontements survenus le dimanche 18 octobre.
*les deux autres prévenus au casier judicaire vierge seront jugés le 10 décembre, l’un a été laissé libre sous contrôle judiciaire, l’autre a été placé en détention provisoire.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555













