Alors qu’une troisième manifestation sociale et lycéenne se prépare à Toulouse pour ce samedi 31 octobre, les commerçants du centre-ville racontent leur quotidien. Nombreux sont ceux qui vident leur boutique, par anticipation.
Dur d’être commerçant au centre-ville de Toulouse en 2026. Ils ont de l’expérience depuis le mouvement des Gilets jaunes mais les pillages du 17 octobre dernier ont traumatisé bon nombre d’entre eux. De nombreux commerçants n’ont pas enlevé les planches en bois qui protègent leur vitrine parce qu’ils savent que le mouvement peut durer longtemps.
Selon la CCI de la Haute-Garonne, qui a mis en place une cellule de crise, environ 45 commerces ont été abîmés à Toulouse depuis le début du mouvement et 16 ont été pillés.
« On a tout vidé avec mon mari et nos employées sont parties se mettre à l’abri »
Isabelle Gallet tient la boutique Santa Rosa rue Antonin Mercié, une institution du centre-ville pour trouver un parfum de niche. Elle n’est pas en colère contre les manifestants mais dépassée par les pilleurs. Vendredi dernier, à la veille de la deuxième manifestation, elle a décidé de vider sa boutique avec son mari qui a également installé des planches en bois sur la vitrine. « Un travail de fourmi, un truc de dingue, un travail à la chaîne », raconte la commerçante qui a plus de cent références de parfums dans son magasin. Elle raconte avoir eu peur pour ses employées qui, samedi, sont rentrées chez elles à 14h. « On n’a jamais travaillé comme ça, dans la peur », regrette-t-elle.
Elle plaide pour des manifestations le dimanche « ça nous permettrait de participer nous aussi les commerçants, et le samedi le centre-ville serait plus calme et apaisé pour tout le monde, pour les familles notamment ».
Anne-Laure Carette tient la boutique de décoration La Maison de Malaure rue de Metz. Elle aimerait pouvoir travailler normalement. « Pour vous donner un ordre d’idée, j’enregistre un manque à gagner de 10.000 euros chaque samedi, parce que mes client(e)s commencent les achats de Noël et dans ce contexte-là ça n’est pas possible », déplore la commerçante également membre de l’association des commerçants.
Un vigile et même des maîtres-chiens
Kathy est gérante de la boutique de vêtements féminins Au44 rue de Metz, rue fraichement refaite mais peu fréquentée regrettent par ailleurs les commerçants. « J’ai pris un vigile pour les samedis », raconte la commerçante impliquée dans l’association commerçante « ça rassure mes employées et ça nous protège », raconte Kathy qui vide aussi une partie de son magasin certaines nuits sensibles. « Je mets mes pièces les plus chères dans un local sécurisé, parce que si je perds mon stock j’ai plus rien », explique la toulousaine qui, pour dynamiser son activité, organise une vente éphémère au 164 route de Revel du 2 au 22 novembre.
Rue Saint-Rome, artère la plus fréquentée du centre-ville de Toulouse où la boutique Courir a été pillée le 17 octobre dernier, l’association des commerçants du coeur de ville s’est mobilisée pour éviter d’autres saccages. Ainsi, samedi dernier, quatre maitres-chiens ont été embauchés pour faire des rondes dans la rue tout l’après-midi. « On voulait surtout nous rassurer, nous les commerçants, rassurer les clients et dissuader ceux qui auraient voulu commettre des actes violents, d’ailleurs on a vu des jeunes à trottinnette en repérage avant la manifestation », explique Nathalie Cutolo présidente de l’association et photographe dans la rue. Une facture à 900 euros, réglée par une poignée de commerçants.
D’autres, plus téméraires, veulent rester ouverts coûte que coûte et refusent de cacher leur marchandise. Un commerçant de la rue Saint-Rome raconte à ICI Occitanie s’être doté de matériel « pour se défendre », sans en dire davantage. « Moi j’ai pas peur, mes salariés non plus, on ne va quand même pas se faire voler sans rien faire? », dit-il.
Une « cellule de crise » mise en place par la CCI de la Haute-Garonne
Pour aider les commerçants à obtenir des aides et protéger leur magasin, une cellule de crise a été mise en place en partenariat avec la Préfecture, la Direction régionale des finances publiques, l’URSAFF, le Tribunal de commerce, Toulouse Métropole, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne, le Medef, Les Entrepreneurs (ex CPME) et la Fédération des commerçants.
Un numéro unique est disponible pour tous les commerçants du département : 0800 921 921.
Parmi les aides mises en place par le gouvernement pour les dégâts des 17 et 18 octobre : une prise en charge intégrale de l’activité partielle par l’État, sans reste à charge pour les employeurs, des facilités de paiement des cotisations sociales patronales.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555















