À Toulouse, des lycéens se tournent désormais vers ChatGPT et d’autres intelligences artificielles pour parler de leur mal-être et obtenir une réponse immédiate en ligne, alors qu’en Haute-Garonne il faut attendre plus de deux semaines pour consulter un psychologue ou un psychiatre, en mai 2026.
Face au lycée Saint-Sernin, à Toulouse, à la pause de 10 heures, mardi 19 mai, les étudiants se posent en cercle dans la pelouse. Ils discutent, mais Ambre en profite aussi pour poser quelques questions à son ami virtuel ChatGPT, mis en favori sur son téléphone.
« Je lui demande ce qu’il pense de ma situation amoureuse. »
À 19 ans, Ambre utilise l’intelligence artificielle comme son confident et son conseiller, plusieurs fois par jours. « Je lui ai donné tellement d’informations sur moi qu’il sait même comment j’aimerais qu’il me réponde, par exemple là je lui demande ce qu’il pense de ma situation amoureuse », raconte l’étudiante toulousaine en communication. Un réflexe pris il y a plusieurs mois. « C’est devenu addictif ! », confie-t-elle.
Selon une étude de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès révélée par ICI , 45 % des patients utilisent désormais une IA conversationnelle pour des questions de santé. Et dans plus de six cas sur dix, les réponses influencent leur décision. Chez les jeunes, l’usage dépasse largement le simple mal de ventre : l’IA sert parfois de soutien psychologique.
Au lycée Saint-Sernin de Toulouse, les témoignages recueillis racontent une génération qui cherche avant tout une écoute immédiate. « Quand tu n’as pas forcément des amis ou de la famille à qui parler, ça peut aider d’avoir quelqu’un qui ne juge pas », estime Louise, en première générale. « Tu peux parler dans toutes les langues, à n’importe quelle heure, gratuitement. »
2 à 4 semaines pour un rendez-vous chez un psychiatre
Derrière cette bascule, un problème bien réel : l’accès aux soins. En Haute-Garonne, il faut parfois attendre de deux à quatre semaines pour obtenir un rendez-vous chez un psychiatre lorsque les symptômes peuvent faire penser à une dépression.
Pour Eric Solano, infirmier au centre de soins psychiatriques de l’hôpital Marchant, dédié aux 16-25 ans, reconnaît qu’il y a un manque de moyens et de spécialistes à Toulouse : « Avant on avait une astreinte pour répondre aux jeunes, mais ça a été arrêté, alors dans ce creux, les jeunes font avec ce qu’ils trouvent sur les réseaux et avec l’IA ».
Pour certains adolescents, demander à voir un professionnel reste aussi délicat à aborder avec les parents. « Alors que quand tu te confies à une IA, derrière un écran, personne ne sait que tu vas mal. C’est peut-être plus rassurant », souffle Kenza, 16 ans.
Cette proximité inquiète aussi. « Comme sur Google, on peut vite tomber sur les cas les plus graves et angoisser encore plus. », rappelle la lycéenne. Plusieurs élèves évoquent également des faits divers survenus aux États-Unis, et relayés sur les réseaux sociaux où des conversations avec des IA ont aggravé la détresse psychologique de jeunes utilisateurs et mené parfois à leur suicide. « Ça devrait être beaucoup plus encadré », insiste Louise.
D’autres refusent totalement l’idée d’une thérapie numérique. « On a besoin d’un cerveau humain pour faire face à des problèmes psychologiques », tranche Marilou, 16 ans. Même discours chez Yuri, élève en section musique : « Une IA, ça reste une banque de données. Ça n’a pas d’émotions. »
31 14, le numéro national de prévention du suicide
A quelques mètres du lycée Saint-Sernin, un dispositif de suivi et de soins en groupe existe, rattaché à l’hôpital Marchant, spécialisé en psychiatrie et santé mentale. Un soutien précieux réservé aux 16-25 ans, mais qui manque de moyens, de psychologues et de psychiatres pour répondre à la demande grandissante. Le 31 14 reste un numéro d’écoute national pour la prévention du suicide.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555














