La découverte, fin juin, d’un corps tué de plusieurs coups de couteau et les jambes brûlées fait l’objet d’une enquête judiciaire dans les Vosges. Ce meurtre remet en lumière un autre crime : la mort d’un jeune gendarme auxiliaire, abattu dans le bois de La Ramée, près de Toulouse, le 20 octobre 1991. La victime d’aujourd’hui, Alain Chantaduc, 77 ans, a été condamné à perpétuité pour le meurtre du jeune militaire à l’automne 1991.
Une forêt, un chemin forestier, une cabane de chasse et d’étranges flammèches. Nous sommes le dimanche 28 juin, presque 20 heures en fin de journée. Sur la commune d’Éloyes, à 20 km au sud-est d’Épinal, un promeneur effectue une curieuse découverte : un corps sans vie. Rapidement, les pompiers et les gendarmes sont alertés. Les secours ne peuvent rien faire pour la victime, sauf éviter que les flammes gagnent la forêt. L’enquête commence.
Le corps porte les traces de plusieurs coups de couteau. Les membres inférieurs de cet homme, plutôt âgé, sont en partie brûlés. Très vite, le procureur d’Épinal ouvre une enquête pour rechercher les causes de la mort. Depuis, les investigations se poursuivent dans le cadre d’une enquête ouverte pour « assassinat ». Les gendarmes de la section de recherches de Nancy, appuyés par les unités du groupement des Vosges, progressent discrètement. Si la mort de cet homme intrigue, sa personnalité ne laisse personne indifférent.
Devant les jurés, il continue à nier
Alain Chantaduc, 77 ans, a passé plus de 25 ans en détention avant de bénéficier d’une liberté conditionnelle en 2019. Il a notamment effectué un long séjour derrière les barreaux, notamment à la centrale de Clairvaux, après une condamnation à perpétuité prononcée le 28 juin 1996 par la cour d’assises de la Haute-Garonne, à Toulouse. Malgré ses dénégations, malgré une défense acharnée menée par Mes Isabelle Durand et le ténor Alain Furbury, les jurés l’ont reconnu coupable du meurtre du gendarme Philippe Tremblier, abattu à 19 ans dans la soirée du 20 octobre 1991.
« Il se défendait pied à pied, ne lâchait rien », se souvient Me Jacques Monferran, partie civile au procès, à propos de cet accusé alors âgé de 46 ans, au profil de voyou qui n’avait rien à perdre. « Il a tué pour fuir après un braquage et a ouvert le feu sans l’ombre d’une hésitation ou d’un remords », témoigne un gendarme encore ému presque 35 ans plus tard. Touché par trois balles, le jeune gendarme auxiliaire qui terminait son service militaire est mort quelques heures plus tard.
L’enquête menée par les spécialistes de la SR de Toulouse a permis l’arrestation du suspect, huit mois plus tard, dans une cabane sur pilotis, à Gruissan. « Il nous a fait courir et pas mal travailler », se souvient le directeur d’enquête Patrick Mouret. Son arrestation a permis la saisie de nombreuses armes, mais pas celle du crime. Un argument utilisé par la défense pour tenter de disculper l’accusé.
« Il se proclame innocent, c’est son droit… »
Seulement, le procureur général Jean Wolf, venu en personne porter l’accusation, n’a laissé aucun doute dans l’esprit des jurés en requérant la perpétuité. « Il se proclame innocent, c’est son droit, mais il ne fait aucun effort pour se disculper », avait dénoncé l’avocat général. Alain Chantaduc était donc reparti en prison.
Que s’est-il réellement passé fin juin dans la forêt vosgienne ? Gendarmes et procureur du Grand Est restent discrets. Un initié de ce monde interlope s’inquiète : « Les gars de ce profil, même après une longue détention, ne peuvent s’empêcher de continuer à magouiller… Il en a peut-être payé le prix. »
Ce dimanche d’octobre 1991, sa dernière patrouille
Quand dans la soirée du dimanche 20 octobre 1991, le gendarme auxiliaire Laurent Tremblier monte dans la Peugeot 505 du Psig de Colomiers, il sait que c’est sa dernière patrouile après deux années de service militaire. « Le lendemain, il partait rejoindre l’école des sous-officier », se souvienent ses anciens collègues. ll n’a pas eu cette chance.
Décrit « affable, drôle, très motivé », le jeune militaire n’a jamais hésité à s’engager dans les missions quotidiennes du Peloton de surveillance et d’intervention de l agendarmerie de Colomiers tout au long de son service militaire alors obligatoire. Et il voulait devenir un gendarme d’active, suivant les pas de son père déjà engagé dans la gendarmerie nationale. En octobre 2021, les militaires de la compagnie de Toulouse-Mirial, dont la caserne portait son nom, lui ont d’ailleurs rendu hommage lors d’une cérémonie émouvante sur la base de La Ramée, netre toulouse et Tournefeuille.













