Matelas, sacs-poubelles, meubles ou déchets alimentaires abandonnés sur les trottoirs… À Toulouse, les dépôts sauvages n’épargnent aucun secteur de la ville. Sur le terrain, certains habitants racontent un problème récurrent et ses conséquences jusque dans leurs immeubles.
« Une ville perpétuellement dégueulasse. » La formule avait fait grincer des dents à Toulouse. En avril 2024, alors qu’il était interrogé sur les élections européennes, François Bayrou s’était offert une digression peu flatteuse sur la Ville rose : « Vous avez des villes qui sont perpétuellement dégueulasses. Toulouse, par exemple. » Une sortie à laquelle Jean-Luc Moudenc avait rapidement répliqué, estimant notamment que le maire de Pau connaissait manifestement mal la ville.
Deux ans plus tard, il suffit pourtant de parcourir certains quartiers pour tomber sur des scènes qui continuent d’exaspérer les riverains. Ce mercredi matin, avenue des États-Unis, au nord de Toulouse, quelques déchets sont abandonnés à proximité d’un squat installé au numéro 50. Le tas est relativement modeste lors de notre passage. Mais ici, assure le voisinage, la situation peut changer très vite.
« Des fois, ça s’étend sur dix mètres »
« Ce n’est rien là, aujourd’hui ! Des fois, ça s’étend sur dix mètres », raconte une habitante du quartier. Selon elle, les déchets s’accumulent régulièrement avant d’être évacués. Un ballet qui se répéterait inlassablement : « La mairie passe et deux heures après, c’est à nouveau rempli. » Matelas, meubles, sacs et objets divers peuvent alors coloniser une partie du trottoir.
Quelques kilomètres plus loin, boulevard Silvio-Trentin, le constat est beaucoup plus saisissant. Sur environ 5 m², au pied des immeubles, s’amoncellent matelas, sacs-poubelles éventrés, cartons et déchets divers. Sous le soleil, une forte odeur se dégage du tas. À proximité immédiate, les habitants passent quotidiennement devant ce dépôt improvisé.
« Ça attire les rats », déplore une riveraine, qui assure en avoir déjà aperçu jusque dans son immeuble. Une autre habitante dit avoir pris l’habitude de signaler les dépôts lorsqu’ils apparaissent. Les déchets finissent par disparaître, racontent-elles, avant que de nouveaux ne prennent parfois leur place.
3,5 millions d’euros par an
Les chiffres communiqués par la collectivité donnent une idée de l’ampleur du travail de ramassage. En 2025, 48 496 interventions de collecte, programmées ou spontanées, ont été réalisées à Toulouse. À l’échelle de la Métropole, 3 200 tonnes de dépôts sauvages ont été ramassées, dont 1 400 tonnes pour les six quartiers centraux de Toulouse.
La facture est elle aussi conséquente : leur enlèvement coûte environ 3,5 millions d’euros par an à la collectivité. Un effort considérable qui n’empêche donc pas certains dépôts de réapparaître peu après le passage des agents. La Métropole précise d’ailleurs que tous les quartiers sont concernés et que plusieurs « points noirs récurrents » ont été identifiés.
Plus de 2 200 PV dressés l’année dernière
Derrière les tas visibles sur les trottoirs se cache une mécanique de surveillance, de signalement et de ramassage à grande échelle. En 2025, la Ville a comptabilisé 39 965 signalements de dépôts sauvages à Toulouse, toutes sources confondues : habitants, vidéoprotection, surveillants de l’espace public… Parmi eux, 15 259 provenaient directement des usagers. Les agents ne se contentent pas d’attendre ces alertes : les collectes peuvent aussi être déclenchées spontanément, ce qui explique que leur nombre soit supérieur à celui des signalements, avec 48 496 interventions en 2025. Reste à retrouver les responsables. La même année, 2 214 procès-verbaux ont été dressés, dont 901 concernaient des commerçants. En 2026, 1 846 PV ont déjà été établis, dont 850 à l’encontre de commerçants. Les chiffres 2026 étant encore partiels, ils ne peuvent toutefois pas être directement comparés à ceux de l’année précédente.














