À 28 ans, Arthur Rogé a représenté la France au Y7, le sommet de la jeunesse du G7. Originaire de Plaisance-du-Touch et analyste en énergie a pu remettre des préconisations aux membres du gouvernement pour accélérer la transition énergétique et réduire la dépendance aux énergies fossiles.
La semaine dernière à Paris, Arthur Rogé participait au Y7, le sommet réunissant des jeunes de 18 à 30 ans chargés de porter les propositions de la société civile auprès des dirigeants du G7. Originaire du Midi toulousain, ce jeune analyste en énergie est revenu sur son engagement, les recommandations formulées aux responsables politiques et les enjeux de la transition énergétique dans un contexte mondial de plus en plus instable.
ICI Occitanie : Vous étiez donc la semaine dernière à Paris au sommet non pas du G7 mais du Y7. C’est la même chose, mais avec les 18-30 ans pour porter les propositions de la société civile. À qui avez-vous remis vos recommandations ? À Emmanuel Macron, à Donald Trump ?
Arthur Rogé : Nous n’avons pas encore eu l’occasion de rencontrer le président Emmanuel Macron, mais nous avons rencontré le matin le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, puis l’après-midi Jean-Noël Barrot, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Ils se sont chargés de transmettre notre communiqué à Emmanuel Macron et à l’ensemble des ministres.
Vous avez 28 ans cette année, vous avez grandi à Plaisance-du-Touch. Comment se retrouve-t-on au milieu d’un sommet mondial comme celui-là ? Qu’est-ce que vous recherchiez en participant au Y7 ?
Ce que je recherchais en participant au Y7, c’est d’abord une manière d’agir face à un monde qui devient de plus en plus complexe. Je vois les crises qui s’enchaînent, qui s’enchevêtrent et qui se renforcent les unes les autres. Pour reprendre les mots d’Albert Camus, on a parfois le sentiment, en tant que jeunes aujourd’hui, que notre monde est sur le point de se défaire. Face à cela, je considérais que je ne pouvais pas me payer le luxe du désintérêt et qu’il fallait essayer de construire un avenir désirable.
Est-ce qu’à notre échelle, on peut vraiment faire quelque chose ?
Oui, on essaye de faire quelque chose. J’ai candidaté pour participer à ce sommet et j’ai été sélectionné par l’Institut Open Diplomacy pour représenter la France. Nous essayons de faire entendre notre voix auprès des dirigeants du monde et de rappeler l’importance du temps long, qui est essentiel pour les jeunes générations.
Justement sur les questions d’énergie et d’écologie, vous aviez formulé des préconisations. Vous êtes vous-même analyste en énergie. Quand on voit les crises actuelles autour des carburants, partagez-vous l’idée que nous sommes trop dépendants du pétrole et des énergies fossiles ?
Oui, absolument. C’était même au centre du communiqué que nous avons remis aux ministres. Aujourd’hui, le monde dépend encore à 80 % des énergies fossiles. Ce sont des énergies extrêmement concentrées, au cœur des tensions géopolitiques. On le voit avec ce qui se passe actuellement en Iran. Dans un monde qui se brutalise et devient de plus en plus complexe sur le plan géopolitique, nous avons traversé en moins de cinq ans deux des plus grandes crises énergétiques récentes, qui se sont ensuite transformées en crises économiques. Nous avons donc besoin de réduire notre dépendance aux énergies fossiles.
Très concrètement, comment fait-on ? Qu’est-ce que vous demandez ?
Les technologies existent déjà. L’électrification sera l’une des clés pour sortir de cette dépendance aux énergies fossiles. Cela passe par l’électrification des usages : installer des pompes à chaleur dans les maisons, utiliser des voitures électriques pour les transports… Mais cela passe aussi par l’électrification de la production d’énergie. En France, nous avons la chance d’avoir le nucléaire, donc une électricité déjà décarbonée et non fossile. Mais à l’échelle mondiale, il faudra aussi développer davantage les énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien.
Allez-vous avoir des retours sur vos préconisations ? On a parfois l’impression que ces grands sommets débouchent surtout sur des poignées de main et des documents qui restent sans suite…
C’est une très bonne question. Déjà, lorsque nous avons rencontré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, mercredi soir, il nous a montré dans son discours qu’il avait parfaitement compris notre communiqué. Nous avons senti beaucoup de reconnaissance et d’attention. Les angles morts que nous avions identifiés avaient déjà été pris en compte par le ministère des Affaires étrangères. Ensuite, nous allons continuer à défendre nos mesures et à faire du plaidoyer. Vous pouvez compter sur nous pour être aussi exigeants envers les dirigeants politiques que nous l’avons été envers nous-mêmes.
En quelques secondes, quelle est votre priorité absolue ? Qu’espérez-vous vraiment voir mis en place ?
Nous avons surtout réfléchi sur le long terme, c’était le rôle que nous nous étions fixé. Nous demandons notamment d’aligner le système financier mondial avec les enjeux de la transition énergétique et écologique. Ce sont des transformations de fond qui prendront du temps. Mais à plus court terme, avec l’élection présidentielle qui approche en France, j’aimerais que les questions de transition écologique deviennent des sujets mobilisateurs et non des sujets de division. J’aimerais que les responsables politiques prennent leurs responsabilités, arrêtent d’alimenter les oppositions sur ces questions et au contraire proposent des narratifs communs. Malheureusement aujourd’hui, que l’on soit de gauche, de droite, du centre, où que sais-je, la crise environnementale, elle nous affecte tous de la même manière, la biodiversité continue de s’effondrer et le climat continue de se réchauffer chaque année.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555














