Au sixième étage de l’immeuble qui héberge l’hôtel Le Mermoz, fermé depuis six ans à Toulouse, Thomas rénove son appartement tandis que l’immeuble reste au cœur d’un conflit entre copropriétaires et exploitant. Il assiste à la dégradation du bâtiment.
Sous le toit du 50 rue Matabiau, des bruits de pas résonnent par intermittence. Quand ils s’arrêtent, le vacarme des outils prend le relais. Au 6e étage, le chantier de rénovation dure depuis des mois. Certaines pièces de cet appartement de 140 mètres carrés sont désormais nettes, élégantes et lumineuses. Dans les autres, tout reste en travaux. Thomas vit avec ses deux enfants, de six mois et deux ans. Ils sont les derniers habitants de cet immeuble. À l’étage inférieur, au cinquième, un autre copropriétaire passe encore de temps à autre. Du rez-de-chaussée au quatrième étage, l’hôtel Le Mermoz dort encore, fermé depuis six ans. « Il est à l’abandon. L’entretien a cessé en même temps que l’exploitation. Dans les chambres de l’établissement, dans les parties communes… Il faut presque tout refaire », déplore-t-il.
Cet homme de 42 ans, cheveux noirs bouclés, barbe de quelques jours et traits tirés, n’a rien du nouveau propriétaire. Entrepreneur à la tête de plusieurs sociétés, il a acheté ce bien en 2013, pour plusieurs centaines de milliers d’euros. Deux petites terrasses, un emplacement central, les bureaux à proximité, le calme en hauteur. « Je n’ai pas trouvé mieux », résume-t-il. À l’époque, l’hôtel fonctionne encore. Pour lui, c’est même un argument : une présence permanente, 24 h/24, dans l’immeuble. « Je me suis dit que ce serait sécurisé. »
Il aime les travaux. Il en a toujours fait. Au départ, le pari semble logique. Mais, selon lui, « ça a commencé à coincer dès le début ». Climatisation défaillante, chauffage irrégulier, étés étouffants, hivers glacés. « Six ou sept ans avec le Sahara ou la glace polaire dans l’appartement », dit-il. Il finit par installer une climatisation individuelle quelques années plus tard. Puis viennent les désordres plus lourds : toiture vitrée vétuste, infiltrations, parties communes dégradées, ascenseur en panne, charges qui augmentent, portes forcées.
Présence de squatteurs
Depuis la fermeture de l’hôtel, coincé dans un conflit judiciaire, en 2020, le sixième étage est devenu un poste d’observation privilégié du naufrage du Mermoz. Thomas dit avoir vu le bâtiment s’abîmer mois après mois. « Six ans sans nettoyage », accuse-t-il. Dans les parkings, des déchets jonchent le sol. Dans les circulations, l’éclairage manque. Les squatteurs seraient apparus par périodes, plus fortement encore depuis juin 2025. Portes fracturées, intrusions, vols, traces de consommation de drogue. « Crack, héroïne, seringues, aboiements de chiens », énumère-t-il. Le 5 novembre, le quadragénaire a été victime d’un cambriolage. Il a fait installer une porte blindée et une alarme.
La vie quotidienne, dans ces conditions, devient une épreuve d’usure. Pour lui, l’abandon n’est pas accidentel. « Leur but, c’est de nous dégager pour que l’hôtel puisse rouvrir », croit-il comprendre de la logique adverse. Thomas met en cause le syndic de copropriété, la Sogem, qu’il accuse de laisser l’immeuble se dégrader. Guillaume Porcario, le président de l’agence, tient responsable l’habitant du 6e étage de son malheur. « Il a utilisé l’ascenseur comme monte-charge afin d’évacuer les gravats. Il a malmené l’appareil. Rien n’a été nettoyé. Nous avons également souhaité faire voter un budget qui prévoyait l’entretien des parties communes. Il a refusé et il le conteste. Concernant les squats, ce monsieur a laissé une porte ouverte qui ne devait pas l’être… », indique-t-il. Des accusations que le propriétaire du 6e étage balaie d’un trait d’ironie : « C’est évident que je dégrade mon lieu de vie et que je tolère la présence de squatteurs… » Entre les deux hommes, le climat est orageux. M. Porcario dit recevoir des mails de menaces et d’insultes.
Thomas est devenu l’un des principaux opposants à la reprise de l’activité hôtelière dans les conditions actuelles. Il multiplie les procédures, les signalements, les alertes. Ses adversaires, eux, dressent un autre portrait. Du côté de la SARL Le Mermoz, l’exploitant, on l’accuse de chercher à bloquer la réouverture de l’hôtel. « C’est quelqu’un de procédurier qui prend beaucoup de place dans ce dossier », souffle un avocat.
La guerre se joue aussi en assemblées générales. Production d’eau chaude, places de parking, surélévation, travaux de toiture, charges, expertises : les sujets techniques sont devenus explosifs.
Le coût personnel est lourd. Il évoque environ 20 000 euros d’avocats et d’huissiers. Deux ans et plus de procédures, de rendez-vous, de courriers, de dossiers à coordonner. Une expertise judiciaire a été étendue, le 31 décembre 2025, afin d’examiner les désordres affectant ses parties privatives. Pour Thomas, cette expertise doit permettre de documenter ce qu’il dénonce depuis des années : la vétusté générale, les dysfonctionnements de l’immeuble. Au sixième étage, le chantier continue donc, dans un immeuble qui n’a pas encore choisi son avenir.














