Depuis le 1er mai, l’ARS Occitanie a réactivé son dispositif de surveillance renforcée du moustique tigre, qui restera opérationnel jusqu’au 30 novembre. Après une année 2025 marquée par des records de contaminations locales et un début de saison 2026 déjà sous haute tension, la région fait face à une menace sanitaire que les autorités prennent très au sérieux. Voici tout ce qu’il faut savoir.
Une région entièrement colonisée
Ce n’est plus une alerte isolée réservée au littoral méditerranéen. Le moustique tigre (Aedes albopictus) est aujourd’hui implanté dans la totalité des 13 départements d’Occitanie : Ariège, Aude, Aveyron, Gard, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Hérault, Lot, Lozère, Pyrénées-Orientales, Tarn et Tarn-et-Garonne. L’insecte, arrivé sur les bords de la Méditerranée dès 2011, n’a depuis cessé de progresser vers l’intérieur des terres. Il est désormais signalé jusqu’à plus de 1 500 mètres d’altitude dans les Pyrénées-Orientales, et gagne du terrain en Aveyron comme dans le nord de la Lozère.
En chiffres, ce sont 44 % des communes de la région qui sont colonisées, ce qui représente 90 % de la population régionale, soit près de 5,5 millions d’habitants exposés. Et la tendance s’emballe : entre janvier et février 2026, quelque 6 000 hectares ont été touchés par la présence de larves en Occitanie, soit le double de la même période en 2025. L’hiver doux et pluvieux 2025-2026 a considérablement accéléré le réveil de l’insecte, lui permettant de se reproduire plus tôt et de multiplier les générations.
La saison 2025 avait elle-même battu des records : 89 cas autochtones de chikungunya répartis en 14 foyers et 6 cas autochtones de dengue en 5 foyers ont été enregistrés en Occitanie. Parmi les départements touchés figuraient l’Hérault, le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne, où un cas de dengue avait été confirmé, rappelant que Toulouse et sa région ne sont plus à l’abri.
Comment reconnaître le moustique tigre ?
Confondre le moustique tigre avec un moustique ordinaire est une erreur fréquente. Pourtant, quelques détails permettent de l’identifier sans hésitation. Sa taille est nettement plus petite que celle du moustique commun : il ne dépasse pas 1 centimètre d’envergure, soit moins qu’une pièce d’un centime d’euro. Ce qui le distingue avant tout, ce sont ses rayures noires et blanches très contrastées, présentes sur le corps et sur les pattes, qui lui donnent son surnom de “tigre”.
Son comportement est également différent. Là où le moustique commun est surtout actif la nuit, le moustique tigre pique en pleine journée, principalement le matin et en fin d’après-midi. Il affectionne les zones ombragées, les jardins, les terrasses, et ne s’éloigne jamais beaucoup de son lieu de naissance, quelques dizaines de mètres au plus. C’est un piqueur discret mais répétitif, qui cible de préférence les chevilles et les mollets.
Sur le plan sanitaire, dans certaines conditions particulières, il peut être vecteur de maladies tropicales graves : la dengue, le chikungunya et le Zika. Le risque de transmission existe lorsqu’un moustique pique une personne virémique (de retour d’une zone d’endémie, où le virus circule dans le sang) puis pique à son tour d’autres personnes. C’est ce qu’on appelle un cas autochtone, et c’est précisément ce que la surveillance de l’ARS cherche à détecter et bloquer le plus tôt possible.
Si vous pensez avoir aperçu un moustique tigre, il est possible de le signaler sur le site officiel signalement-moustique.anses.fr. Chaque signalement contribue à affiner la cartographie nationale et à déclencher les enquêtes de terrain là où elles sont nécessaires.
Les bons gestes pour ne pas lui laisser de place
Face à cet insecte, la prévention individuelle reste l’arme la plus redoutable. Le moustique tigre pond ses œufs dans des eaux stagnantes, parfois dans un simple bouchon ou une soucoupe de pot de fleurs. Quelques millilitres suffisent. Le réflexe prioritaire est donc de faire le tour de son jardin ou de sa terrasse chaque semaine pour vider tous les contenants qui retiennent l’eau : soucoupes, seaux, arrosoirs, bâches, jouets d’extérieur, gouttières bouchées. Un geste simple mais dont l’impact est direct sur la reproduction de l’insecte.
Pour se protéger personnellement, les répulsifs cutanés adaptés (à base de DEET, d’IR3535 ou de picaridine) sont efficaces, à condition d’être appliqués correctement et renouvelés selon les indications. Porter des vêtements longs et amples lors des pic d’activité de l’insecte, en matinée et en fin de journée, réduit également les risques de piqûres. À l’intérieur, des moustiquaires aux fenêtres et aux portes constituent une protection complémentaire utile.
Pour les personnes rentrant d’un voyage dans une zone où circulent la dengue, le chikungunya ou le Zika, les précautions doivent être maintenues pendant les 7 jours suivant le retour, afin d’éviter tout risque de transmission locale via un moustique tigre déjà installé dans leur commune. En cas de fièvre, maux de tête ou douleurs musculaires dans les jours qui suivent un voyage en zone tropicale, il convient de consulter rapidement un médecin et de lui signaler le séjour.
Un dispositif de surveillance qui repose aussi sur les citoyens
Du côté des autorités sanitaires, le mécanisme est rodé. Dès qu’un cas confirmé de dengue, de chikungunya ou de Zika est signalé par un médecin ou un laboratoire à l’ARS Occitanie, une enquête épidémiologique et entomologique est lancée dans les 72 heures. Si la présence du moustique tigre est confirmée dans le secteur, une démoustication ciblée est déclenchée autour du domicile du patient. Ces opérations, financées sur fonds publics, ne donnent lieu à aucune participation financière des habitants concernés.
Ce dispositif, actif chaque année du 1er mai au 30 novembre, repose sur la mobilisation de tous : médecins, laboratoires, voyageurs et simples citoyens. Face à un insecte qui s’installe durablement dans la région, la vigilance collective reste la meilleure des protections.












