Trois ans après avoir quitté l’Éducation nationale, William Lafleur « ne regrette rien ». La succession de ministres, de meurtres ou de suicides chez ses anciens collègues lui fait même dire qu’il est parti au bon moment. « La profession a été lâchée complètement. Il n’y a aucune vision, pas de budget ni de volonté politique », constate Monsieur Le Prof, auteur du livre « L’ex plus beau métier du monde », sorti en septembre 2023, et dans lequel il décrivait les dysfonctionnements et la « maltraitance institutionnelle » de l’Éducation nationale.
C’est justement pour trois extraits de cet ouvrage ainsi que pour deux posts sur les réseaux sociaux que l’ancien professeur d’anglais de 37 ans, installé à Toulouse (Haute-Garonne) depuis 2020, était jugé en diffamation. À l’origine de la plainte, le dernier inspecteur à l’avoir évalué, qui s’était reconnu dans une description du livre. « On me reproche ma communication et mon côté grande gueule. Mais ce livre parle du système, pas d’une personne en particulier. J’ai le droit d’exprimer un ressenti », se défend William Lafleur, qui s’interroge par ailleurs toujours sur la pertinence d’une telle inspection, en février 2023, alors qu’il avait déjà fait part de son souhait d’abandonner le métier.
Après deux ans et demi de procédure, le tribunal de Toulouse a rendu son délibéré ce mardi 19 mai, prononçant la relaxe sur les trois extraits du livre en question, ainsi que sur un des deux posts. En revanche, Monsieur Le Prof a été condamné pour le deuxième tweet, daté du 11 septembre 2023 : « Quelqu’un que je ne citerais pas pour éviter qu’il ait des problèmes m’a dit que l’inspecteur lui avait avoué qu’il venait pour me flinguer (les termes exacts utilisés). »
De nouveau prof… pour payer ses frais de justice
« Mon avocate est plutôt satisfaite du verdict mais, symboliquement, verser 500 euros de dommages et intérêts à quelqu’un dont je n’ai pas révélé le nom et qui n’a pas subi de conséquences professionnelles, c’est violent », estime William Lafleur, qui regrette de ne pas savoir ce qui a motivé la condamnation et les relaxes. « On m’a donné dix jours pour faire appel ou non, mais, sans information, c’est difficile. »
Par ailleurs épuisé par ce long combat judiciaire et « le coût moral que ça représente », il hésite sur la suite à donner à cette affaire. En démissionnant, il souhaitait en effet tourner la page, mais le voilà toujours ramené à son ancien métier. À côté des BD qu’il écrit – « un vrai plaisir, très satisfaisant et gratifiant » –, il a même repris l’enseignement à mi-temps au sein d’une école d’art toulousaine pour payer les frais de justice. « J’ai aussi eu la chance d’être soutenu par mes abonnés », souligne-t-il.
« S’il n’y avait pas la question financière, je ferais appel sans hésiter. Et puis la médiatisation de l’affaire a fait que j’ai reçu beaucoup de soutiens et de témoignages. Donc je ne sais pas si je me bats uniquement pour moi, pour les professeurs ou contre cet inspecteur… », conclut William Lafleur.













