À seulement 19 ans, Antony Sanson et Lenny Guerrero ont quitté Toulouse pour rejoindre le Festival de Cannes avec leur court-métrage “Le Bruit du Monde”. Entre montée des marches, rencontres professionnelles et rêves de cinéma indépendant, les deux cousins autodidactes racontent leur première expérience au Festival de Cannes et leurs ambitions pour Focale Rose Studio.
Plus de 500 kilomètres séparent Toulouse de Cannes. Pourtant, cette année encore, plusieurs projets liés à l’Occitanie ont trouvé leur place à la 79ᵉ édition de la célèbre manifestation consacrée au septième art. Le Lot a notamment bénéficié d’un coup de projecteur avec “Karma”, le thriller psychologique de Guillaume Canet porté par Marion Cotillard, tourné en grande partie à Saint-Céré et présenté hors compétition. Mais parmi les jeunes visages remarqués cette année figuraient aussi Antony Sanson et Lenny Guerrero. À seulement 19 ans, les deux cousins toulousains ont présenté “Le Bruit du Monde” au Short Film Corner, marché professionnel de l’événement, avec l’ambition assumée de faire exister un cinéma jeune, indépendant et ambitieux loin des parcours classiques.
« On n’y croyait plus vraiment »
Pour le duo derrière Focale Rose Studio, l’aventure a réellement commencé quelques semaines avant le festival avec un mail reçu en soirée annonçant la sélection de leur film. « On n’y croyait plus vraiment », racontent aujourd’hui les deux jeunes producteurs. La nouvelle a même eu du mal à sembler réelle sur le moment : « Quand la réponse est arrivée, ça a été un énorme choc. »
Leur court-métrage “Le Bruit du Monde”, tourné à Toulouse, suit deux étudiants en médecine confrontés à la précarité, à la pression des études et à l’épuisement mental. Un sujet directement inspiré des tensions vécues par une partie de leur génération. « On voulait parler de cette charge mentale constante, du fait de devoir travailler sans arrêt et parfois de sacrifier sa jeunesse », expliquent-ils.
Une montée des marches déjà symbolique
Même si leur film n’était pas présenté dans la compétition officielle, Antony Sanson et Lenny Guerrero ont tout de même pu fouler les célèbres marches du Palais des Festivals grâce aux accréditations du marché du film. « On les a montées cette année, mais forcément, on rêve maintenant de les remonter un jour avec un film en sélection officielle », confie Antony Sanson.
Mais derrière les tapis rouges et les photographes, les deux jeunes réalisateurs découvrent surtout un immense réseau professionnel où producteurs, distributeurs et créateurs venus du monde entier se croisent pendant plusieurs jours. « Ce qui nous a le plus surpris, c’est le côté totalement international du festival », explique Lenny Guerrero. Et de préciser : « On entend parler de Cannes depuis toujours, mais quand on y est vraiment, on réalise l’ampleur du milieu. »
« On attire beaucoup la curiosité »
Dans un milieu souvent très codifié, leur âge intrigue autant qu’il surprend. Les deux cinéastes reconnaissent que leurs 19 ans provoquent parfois des réactions inattendues. « Certaines personnes plaisantent en disant qu’on est des bébés », sourit Antony Sanson. Et d’ajouter : « Mais on attire aussi beaucoup la curiosité. »
Les deux cousins revendiquent pourtant un parcours entièrement autodidacte. Antony Sanson explique avoir rapidement compris que les écoles de cinéma classiques ne correspondaient pas forcément à sa manière d’apprendre. « J’ai continué à apprendre seul, à écrire, à tourner et à étudier directement sur le terrain. » Lenny Guerrero partage cette vision très libre de leur métier. « On a confiance en nos projets et on ose », explique-t-il. Pour les deux jeunes producteurs, leur génération cherche aujourd’hui à créer librement, sans forcément attendre les validations traditionnelles du milieu du cinéma.
Toulouse comme terrain de création
Même si Antony Sanson est originaire de Perpignan, Toulouse a progressivement pris une place centrale dans le développement de Focale Rose Studio. “Le Bruit du Monde” a d’ailleurs été tourné dans plusieurs lieux de la Ville rose avec une volonté précise : retranscrire le rythme parfois étouffant de la vie étudiante et urbaine. « Le métro, les déplacements, les étudiants, cette sensation de mouvement permanent… Toulouse correspondait exactement à ce qu’on voulait raconter », explique Antony Sanson.
Le tandem toulousain souligne également le soutien rencontré localement auprès d’autres étudiants, techniciens ou jeunes créateurs. « Toulouse nous a énormément aidés », ajoute Lenny Guerrero. « On a rencontré beaucoup de jeunes qui nous ont aidés sur les tournages et qui ont cru au projet. » Pour eux, la Ville rose offre aujourd’hui un environnement propice à la création, loin du modèle parisien traditionnel.
Entre horreur psychologique et ambitions nationales
Si “Le Bruit du Monde” s’inscrit dans un registre réaliste, les futurs projets de Focale Rose Studio devraient davantage explorer le cinéma de genre et l’horreur psychologique. « On ne veut pas faire de l’horreur juste pour faire peur », explique Antony Sanson. Et derrière leurs futures créations, les deux cousins assurent vouloir conserver une vraie réflexion sociale dans leurs scénarios : « Ce qui nous intéresse, c’est la psychologie humaine et les tensions qui existent réellement dans notre société. »
Les deux cousins veulent désormais aller plus loin avec leur structure indépendante. Studios de tournage, réseau de production, accompagnement de jeunes créateurs : Focale Rose Studio rêve déjà de construire un véritable écosystème de cinéma entre Toulouse et l’Occitanie. « On veut prouver qu’un cinéma jeune, ambitieux et exigeant est possible », résume Antony Sanson.
« Le Festival de Cannes nous a ouvert énormément de portes »
Au-delà de la visibilité, cette première expérience cannoise semble surtout avoir accéléré leur réseau professionnel. Les jeunes producteurs expliquent avoir déjà noué plusieurs contacts autour de futures collaborations, de projets internationaux et même de potentielles diffusions à l’étranger. « Quand on arrive avec quelque chose de solide, les portes s’ouvrent plus facilement qu’on ne l’imagine », estime Antony Sanson.
Après cette première expérience au Festival de Cannes, Antony Sanson et Lenny Guerrero veulent désormais continuer à faire grandir Focale Rose Studio et développer de nouveaux films entre cinéma psychologique et regard social. Une ambition portée par deux jeunes réalisateurs qui espèrent désormais faire leur place dans le paysage du cinéma français.















